Migrenne Généalogie
Autour du nom Autour des lieux

1 LES DÉBUTS
(1847-1878)
2 L'ÂGE D'OR
(1878-1920)
3 LE TEMPS DE LA PROSE 4 EN SAVOIR PLUS (LIENS)

LE BONJOUR D'ALFRED
1: Les débuts

Nous allons suivre Alfred Migrenne (dorénavant cité sous l'abréviation AM) pas à pas dans ce qui se veut être une bio-bibliographie aussi exhaustive que possible. Des extraits de son œuvre seront cités. Nous vivrons avec AM de sa naissance à sa mort, et dans son sillage, combinant ce qu'il a pu écrire avec ce que d'autres ont écrit sur lui-même, pour nous apercevoir que ce bonjour, aujourd'hui bien relatif, a eu, en son temps, sa résonance certes bien modeste mais néanmoins nationale. Quelques détails ont déjà été mentionnés dans notre revue des lieux. Le lecteur voudra bien excuser les redites inévitables.


Il existe autant de biographies et de nécrologies d'AM que de feuilles dans lesquelles, au long cours de sa vie, ses œuvres ont été publiées. Une liste de ces feuilles sera donnée, ainsi que le détail des publications. Nous devons ces renseignements à AM lui-même, qui, en 1912 et pendant les loisirs forcés que la Guerre de 14 lui procura, en a dressé plusieurs fois l'impressionnant inventaire dans des notes manuscrites intitulées Bibliographie, notes et autres extraits ; Le Cahier de ma Vie Littéraire, Notes recueillies ; Bibliographie, Notes et Autres, Extraits recueillis en 1912 et plus tard ; Jugé par ses pairs.

Dans un autre cahier manuscrit (sans date) intitulé Les joies et misères de ma vie, 1847- 191? (remarquons la lacune volontaire) AM recense 8 notices biographiques déjà écrites en date de 1909.

Il commence par recopier son acte de naissance, s'intéresse à la riche histoire de la cité de Bruyères-et-Montbérault.

Les lignes qui suivent nous éclairent sans besoin de commentaire :

La maison où je vins au monde était la dernière de la rangée qui est adossée à l'ancien rempart, aux abords du Jeu de Paume. Elle était des plus humbles et, si je me souviens bien, elle ne comportait qu'une pièce ; mais elle était proprette. …. Maintenant elle est toute délabrée ; le propriétaire l'a abandonnée aux oiseaux, qui y font leurs nids. ….(Mes parents) s'étaient mariés au mois de décembre 1840 et, leurs dots réunies, ils possédaient 300 francs …. Sans compter trois lopins de terre, grands comme un mouchoir de poche. Mais depuis, deux enfants …. leur étaient venus, l'ouvrage avait manqué et ils s'étaient endettés. J'arrivais dans un mauvais moment. Pourtant je fus dorlotté (sic) comme les deux autres et comme eux encore je grandis tant bien que mal. …. (Ma mère) travaillait quinze heures par jour tant à la maison qu'au dehors. …. En 1856 le pain renchérit formidablement. Un jour qu'elle venait d'en sortir une cuisson du four elle me dit en m'en donnant un morceau, lequel faisait peine à voir, tant il était noir :
--Tiens, prends et ne le montre à personne.
Mon père, lui, était moins soucieux de l'existence. …. Tout d'abord il avait exercé le métier de tisserand, mais la navette ne lui procurant qu'un maigre salaire, il s'était fait manouvrier. Il gagnait trente à trente-cinq sous par jour. Il savait lire, écrire et compter un peu, et quelquefois, à la veillée, pendant l'hiver, il nous amusait avec des problèmes énigmatiques et des tours d'adresse …. Il nous contait aussi certaines histoires dont il se vantait d'être le héros. ….
Au fond l'instruction lui importait peu, au papa Migrenne, et quand je lui disais que je voudrais bien être savant, il me répondait que je n'avais pas besoin de ça pour tenir un flaïau. …. (un fléau.)
N'empêche que malgré mon désir d'être un savant, j'étais un des fermes piliers de l'école buissonnière …. ; je m'y sentais attiré par je ne sais quel aimant. J'ai encore dans les oreilles le tic-tac des moulins …. C'est au cours d'une de ces escapades (en compagnie d'un jeune cousin du dit) qu'il me fut donné de voir Arsène Houssaye pour la première fois. …
-- Qu'est-ce qu'il fait à Paris, ton cousin ?
--Je sais pas au juste.. On dit qu'il fait des livres. (repris dans La Mandoline, 1898, p.154) ….
Et lorsqu'à douze ans, je sentis en moi vibrer la fibre poétique, ma première pensée fut de connaître littérairement l'auteur de la Couronne de bleuets ….


On lit ailleurs, repris dans maintes biographies, un résumé complémentaire :

…. 'Mes parents étaient de pauvres gens ; ils devaient voir arriver la marmaille, rapide comme les feuilles. J'étais le troisième de la famille. L'avenir leur en réservait encore quatre.' …. Il avait dix-neuf ans quand il obtint le certificat d'études primaires. (Aucun renseignement sur le lieu et les circonstances). Jeté à douze ans dans un atelier de bonneterie où les ouvriers étaient debout seize heures sur vingt-quatre il marqua son aversion …. un jour il s'échappa de la maison paternelle pour aller .. à la grâce de Dieu ! Le trimard, il ne le craignait pas ….

Ajoutons qu'Alfred a dû savourer sa revanche en 1901 lorsque, par arrêté du 28 mars, il fut fait Officier d'Académie. Sauf que le texte officiel le désigne comme 'archéologue' au Familistère ...

La production littéraire avait commencé, ainsi que l'expérience du monde et de la guerre.

Mettons le point final à cette introduction en citant encore une fois AM

(notes éparses recueilles et communiquées par son petit-fils) : …. En l'année 1862 notre maison fut terriblement éprouvée (AM allait avoir 15 ans) …. (ma mère) mourut (44 ans) …. Mon père restait avec une famille de sept enfants dont le plus jeune avait 2 ans, trois seulement travaillaient, encore le premier de nous tous, Gustave, ne rapportait rien …. Mais voilà que bientôt le bruit court que notre père va se remarier avec une femme d'Athies …. Bruyères ne lui plaisait pas … Notre père céda… Arthur, le cadet, s'échappa de la maison pour aller se placer comme valet de chambre et moi je retournai à Bruyères. … (nous reparlerons de la carrière d'Arthur dans un chapitre spécial.)


En 1894, Charles Charpentier écrivait dans le Dictionnaire biographique de l'Aisne
à propos d'AM :

…. Il n'avait pas douze ans que déjà il chantait les couplets qu'il rimaillait, couplets incorrects que contiennent les deux opuscules qu'il fit imprimer, l'un en 1868, à Saint-Quentin, l'autre en 1870, à Verdun, et qu'il a mis au pilon il y a longtemps. ….


Cachottier, AM n'avait pas détruit ces plaquettes. Je détiens photocopie de la première intitulée POÉSIES d'Alfred Migrenne. Prix 40 centimes. En dépôt à Saint-Quentin chez Édouard Cliche 1, Rue de la Prison, en face celle de la Sellerie. 1868. (Bibliothèque Impériale Ye 47629, dépôt légal Aisne, 137, 1868)) 24 pages. Poèmes datés 14 janvier-6 août 1868, de Versailles/Jouy en Josas (où AM faisait son service militaire) et Saint-Quentin, 12 Août. Certainement à compte d'auteur, payés avec sa solde. IL EXISTE DEUX AUTRES TEXTES DATÉS DE 1860 ET 1865. (voir plus loin.)
Les titres sont ambitieux pour la plupart : 'À mes vers', 'Le doigt de Dieu', 'L'orage' (qui sent son Hugo à plein nez,) 'Le présent et l'avenir', 'La poésie n'est pas morte', 'Malfilâtre', 'Trianon', '1792'. Le volume comprend aussi un poème 'À mon frère'. Et un autre : 'Les deux voleurs'.
Dans 'À mon frère', AM donne une version plus mélodramatique de la vie à Bruyères :


Te souvient-il, Arthur, de nos jeunes années

Dont les jours s'écoulaient comme des fleurs fanées ?
……

Si Dieu nous eût donné à l'amour d'un bon père
Nous ne serions pas nés du sang d'un noir vipère, (sic)
Et notre mère aurait encore au fond du cœur
La sagesse qui fait d'une femme un vainqueur.
Elle a pleuré sur nous, cette mère chérie,
Jusqu'au jour où le ciel redevint sa patrie.
……



Le reste parle de Providence, d'Envie, se réfère à Virgile, Shakespeare, Voltaire et Béranger. 'Trianon' évoque les fêtes de la cour et la Terreur en 1792 (sic) Louis Seize, la reine et l'échafaud. On peut imaginer le soldat Migrenne, idéaliste en uniforme rêvant de grandeur, se faisant une certaine idée de lui-même et de la France, au lieu de lutiner les bonnes d'enfants lors de ses permissions. Pompeux et naïf, certes. Mais il faut bien débuter. Rimbaud n'est pas né à Bruyères. La posture romantique et tourmentée est aussi gauche que la forme, qui se veut classique.

Le second volume est autrement plus conséquent : 31 titres, dont certains repris du premier opuscule, et un avant-propos. Nous en verrons le détail tout à l'heure.

Toujours enregistré à la Bibliothèque Impériale, Ye 27815, il s'intitule LA PREMIÈRE GERBE, par Alfred Migrenne, soldat au 63ème Régiment de Ligne, publié à Verdun par Charles Laurent, imprimeur et éditeur, Rue des Gros-Degrés, 1, 1870. Nous possédons, découpé d'un journal, l'entrefilet qui en annonce la parution, avec la mention: brochure de 96 pages, Prix 60 centimes, franco par la poste. Chez l'auteur, à Athies, par Laon, Aisne.
Encore du compte d'auteur, certainement, mais les dernières pages nous montrent qu' AM savait se débrouiller. Elles nous donnent la liste des souscripteurs : 34 sous-officiers, 26 caporaux, 62 soldats, 6 enfants de troupe, et 93 'ayant désiré garder l'anonyme (sic). Pas mal vendu ! 221 exemplaires. On aimerait en faire autant aujourd'hui… Tous poèmes datés, outre les reprises, de Bar-le-Duc, Jardin-Fontaine, Verdun et Athies (permission ?) le 16 août 1868, immédiatement après la parution du premier recueil, reparti à Bar-le Duc le 21. AM ne chômait pas. Dernier texte daté de Verdun, le 11/12 septembre 1869. Pour mémoire, signalons que la guerre fut déclarée le 15 juillet 1870.


AM lisait. L'armée lui laissait des loisirs. Aurait-elle, à cette époque, comporté des bibliothèques en annexe des B.M.G. ? Il y a peut-être obtenu son certificat d'études comme d'autres, plus tard, leur permis de conduire. Mais il déclare par ailleurs avoir fait son 'Tour de France' jusqu'à l'âge de 20 ans, de l'appel sous les drapeaux. Quasiment rien n'a filtré de ces années d'accès peut-être boulimique à une culture encore bien fragile : l'histoire de France est révisée : '1792', rectifié, et raccourci…. devient '1793', pour coller à la réalité de la Terreur.

Les poèmes sont nettement plus longs. L'avant-propos reprend 'La poésie n'est pas morte' et glose sur l'immortalité du genre, ajoutant Hugo, Musset, Gautier et… Houssaye au panthéon des poètes. Le tout se termine par une pseudo-citation sur l'égalité des hommes devant Dieu, attribuée à un 'jeune homme au regard inspiré, sorti il y a dix-huit cents ans de Bethléem'. Le tout signé MIGRENNE (de Bruyères). On sent que la plume crache aussi du venin contre certains détracteurs. Qui sont ces 'faux docteurs' qui ont osé 'dire qu'elle (la poésie) n'existe plus.' ? Cette attitude restera longtemps celle d'AM, vis-à-vis de la critique.

9 poèmes sont précédés d'épigraphes : 4 de Louis Belmontet (décédé 1879) 1 de Malherbe, 1 de Chateaubriand, 1 de Madame Ch. Reybaud (décédée 1871) 1 d'Edmond Delière (?) 1 de Puget, le sculpteur. Et 1 sur l'air de Musette de Mürger. Au moins AM lisait-il ses contemporains. On peut toujours évoquer Homère sans l'avoir lu…

Le premier titre, 'À mes vers' passe de 16 à 100 vers. Il mentionne, la paix dans un contexte idyllique, sa mère, et 'Estelle', devenue par la suite 'Stella', et qui paraît aussi sous d'autres appellations au cours des ans. Peut-être ce premier amour brisé dont on reparlera ? AM n'avait pas pu lire Sir Philip Sidney.
Dans le second, intitulé 'Arsène Houssaye', AM associe l'expérience de ce connaisseur des femmes à la pureté de la femme qu'il oppose à une prostitution inhérente à la condition humaine, et peut-être à cette amourette bruyéroise :


Une ombre m'a suivi, mais mon pauvre cœur pleure,

C'est que je me rappelle encore le jour et l'heure
Où le ciel me reprit ce qu'il m'avait donné,
Un ange mort, hélas ! avant que d'être né.


Dans 'Le 16 mars 1856' il célèbre la naissance du Prince Impérial. Un vers : Le sang pur des Gaulois a coulé dans nos veines évoque irrésistiblement la statue érigée sur le site officiel d'Alésia où Vercingétorix a les traits de Napoléon le Petit. Humour involontaire ? Le moraliste récidive dans 'Arrière' qui débute ainsi :

Arrière ! faible cœur, femme prostituée,
Va donc offrir ailleurs ton âme polluée

et pérore sur 6 strophes d'inégale longueur, teintées de l'antisémitisme propre à l'époque. Cette 'juive errante' ne pouvait être la Grande Prostituée de Babylone (manque de culture). Elle était donc au salon, avec 'ces dames'. Dans 'Le suicide' il évoque à nouveau une jeune fille abandonnée, enceinte ?



Elle avait dix-sept ans ; elle était pure et belle

J'abandonnais Claudine et sa pauvre petite,

 


Rien de directement personnel. Mais quand même. Il y a beaucoup d'autres références à des amours d'adolescents, platoniques. Comme dans 'Deuil', sur un air de Mürger où il dit de Stella :


Je la revois à dix-sept ans,
Elle était vierge, elle était belle,
Elle m'aimait, j'étais heureux ;
J'aurais donné mon sang pour elle,
Je voudrais la revoir aux cieux



Idem dans 'Vers la saison du cœur', dernière strophe, Mais là, elle n'est pas morte.

Dans 'Un pas vers la tombe', il revient sur la tombe de sa mère, ressentie maintenant comme une injustice sociale :


Ceux qu'ils l'ont fait mourir m'ont entendu vingt fois (sic)
Les maudire en un jour et leur crier vengeance ;


La vie militaire lui inspire un autre morceau de bravoure : 'La bataille',

Mais de Napoléon la trompette guerrière
A donné le signal de montrer sa bannière.


Le Chant du Départ remonte à 1794. Il fut interdit quand Bonaparte devint Napoléon. AM subversif ?

La mort de Lamartine (1869) nous vaut 3 strophes au final patriotique :

Et louer son génie ; Allons soldats, aux armes !
Les voici de retour.


Un 'Spectacle de la mer' écrit par celui qui ne l'avait encore jamais vue, et pour cause, anticipe une relation ultérieure que nous développerons. Dix strophes octosyllabiques sont consacrées à 'La DERNIERE HEURE DU PROLÉTAIRE'. Le dernier vers de chacune se termine par 'vous n'êtes pas chrétiens'. L'éducation politique d'Alfred, tout comme son éducation sentimentale, restait à faire. Cela ne tardera pas, du moins dans le premier domaine. Dans 'L'espion' il évoque l'échafaud, comme juste châtiment. On y reviendra. 5 strophes et un envoi se consacrent à 'Sapho', déjà évoquée. Pour la première fois un poème 'Amertume' s'adresse à Bruyères. 'Le Paradis Perdu' ne doit rien à Milton. 'À une jeune fille' doit inconsciemment à John Donne :

Elle sèmera des lilas
Sous les saules pleureurs, au front de chaque tombe,
Pour qui sonne encore le glas.


Les grands esprits se rencontrent, dit-on et Hugo n'est pas loin si l'on souffle un peu sur la poussière.


Pièces antérieures ou non publiées dans ces recueils :

On découvre, à la lecture des documents existants : 'En été (1860)' Il avait 13 ans, mais la date est dans le titre, non en fin de texte, sans lieu mentionné ; manuscrit dans Vers Graves et Chants d'Ivresse, 1903. (VG) :

C'est l'été. La campagne
Est un vaste décor
Où se prodigue l'or
Du pays de Cocagne.

Tout s'agite, tout bouge ;
Les insectes ailés,
Les bois échevelés,
Le trêfle à tête rouge. (sic)

Là des blés qui jaunissent,
Des joncs, des arbrisseaux,
Des genêts en faisceaux,
Des pêches qui rougissent.

Dans les prés hauts en herbe
Le faucheur a passé ;
Et voilà ramassé
Le foin le plus superbe.

Autour de moi des vignes,
Puis des moulins à vent,
Qui semblent en tournant
Faire comme des signes.


Pas le moindre pédantisme, pas de prétention culturelle. Certainement remanié… mais c'est Bruyères.

'Heureux jour', Bruyères, avril 1865 (18 ans) 6 strophes de 8 vers en impairs (9 syllabes). De la musique avant toute chose… : Verlaine, ou bien Les Compagnons de la Chanson ?


Les cloches sonnaient leur volée

Que la brise emportait au loin

De la plus belle du village
Et de Pierre le laboureur,
On célébrait le mariage,


'Épithalame', Versailles, juillet 1868 (à Estelle). VG

'La chute de Blaise, petit poème comique,' Athies-sous-Laon, 1876. 124 vers. 'Superbe' est alors une rime souvent employée.

De Toul, daté septembre 1870 une reprise ? de 'L'orage' (cf Poèmes) où les 4 premiers vers reprennent un thème connu VG :

Où que je me transporte en cette vie amère

J'ai le souvenir plein de la mort de ma mère,
Et le soir quand le glas chante un De Profundis
Je sens toujours mon cœur fondre comme jadis.


De Wesel (en captivité, 15 mai 1871) ' De ma prison de guerre' inclus dans Les étapes de ma muse, publiées a Guise en 1930 par L'Avenir.


Il y eut aussi de la prose : La Route de France, publiée en feuilleton dans l'ÉCHO Toulois. (dates à préciser) Ce qui peut expliquer le tarissement momentané de la production poétique. AM vivait-il de sa plume ou, au moins, arrondissait-il ses fins de mois ?
Il s'exprime ainsi dans l'avertissement :
Ce roman, dans lequel il y a des pages vécues, a son histoire. Le plan général remonte à 1871, alors que j'étais prisonnier de guerre en Allemagne et il date exactement de 1875. Il parut pour la première fois et en même temps dans la Volonté Nationale, et la Chronique Républicaine, pour aller de l'Écho de Parthenay à l'Éclaireur de l'Est, au Républicain de La Fère, à la Démocratie de l'Aisne, puis à l'Écho Toulois À l'origine il comprenait à peine 800 lignes ; mais avec l'âge il a grandi et changé considérablement. ….. .
En effet, je possède une page (non datée) de l'Écho Toulois qui ne correspond en quasiment rien au contenu dactylographié du texte appartenant à ses descendants.

Toul tombe aux mains des Prussiens. AM y est fait prisonnier et envoyé en captivité à Wesel, sur le Rhin. Libéré au bout de dix mois, il oit terminer son service militaire (5 ans à cette époque) et se retrouve en Algérie où il 'termina son congé comme sous-officier' (sergent). (La Semaine de Romans N°1, 1900). Son expérience de pacificateur fait beaucoup pour l'évolution de ses convictions politiques. Il se souvient avoir refusé d'assister à une exécution capitale. Un pacifisme certain l'habite. Il fait allusion à cette époque dans des essais ultérieurs (à voir par la suite). Dégagé de ses obligations, il retourne à Athies où il se marie en 1874 et a bien du mal à se trouver un emploi. Il y est agent voyer (cantonnier-chef). La Semaine de Romans nous apprend ceci : 'Alfred de Migrenne (sic) vécut toutes les peines des travailleurs, luttant sans cesse pour trouver quelque adoucissement à sa situation'.

En 1878 il trouve un emploi à la Volonté nationale de Saint-Jean d'Angély, (aucune archive de cette période ne subsiste, NdR) où il défend la république avec une ardeur toute juvénile, encore que le Bulletin de la société des antiquaires de la Saintonge et de l'Aunis (dans un numéro au contenu duquel nous n'avons pas eu accès) le cite endisant que, chez Lemarié, ce pauvre Alfred Migrenne [qui] entre deux stances, balayait la boutique. Peu de temps après il était appelé au Familistère de Guise…' . En fait la feuille périclite et AM rentre vite au pays.

C'est de cette époque que date le premier morceau de bravoure. En 1878, l'imprimerie Lemarié, 11, rue de l'Horloge publia La Républicaine du XIXème siècle. Hymne National par Alfred Migrenne. Sur l'air de la Marseillaise ! Dédié aux Députés républicains de la Charente-Inférieure. 5 couplets. Il faut dire qu'à l'époque la Troisième République n'a tenu qu'à un fil.
Nous n'en citerons que la dernière strophe et le refrain :


Plus de discorde ni de guerre
Rentrons nos fers en leurs fourreaux.
Puissions-nous embraser la terre
Des fruits de nos vastes travaux ! (bis)
La France est au devoir fidèle,
Rien ne saurait plus l'entraver…
Elle espère voir se lever
La République universelle

Arrière les tyrans ! Place aux libérateurs !
Fuyez (bis) voici venir nos braves rédempteurs.


Rubrique coïncidences : 123 ans plus tard, un certain Jean Migrenne signait une version intégrale de la Marseillaise en anglais pour le Mémorial de Caen… Et L'internationale, d'Eugène Pottier, date de 1871, de la Commune. AM n'est, lui, jamais allé jusque là. Il est passé chez Godin, au phalanstère de Guise, Le Familistère).