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AUTOUR DES LIEUX
1
PARFONDRU
2
BRUYÈRES-ET MONTBÉRAULT
3
BRUYÈRES ET ARSÈNE HOUSSAYE
4
ATHIES ET LA DIASPORA
5
VINGT ANS APRÈS
6
BRAYE-EN-LAONNOIS
7
AILLEURS
C'est là qu'il faut
commencer,
puisque l'état
civil y mentionne les Migrenne de notre
lignée pour la première fois, depuis que le
village les a hébergés jusqu'à la
diaspora. De plus, le nom ne s'y est éteint que tout
récemment (fin du 20e
siècle.) Mais Parfondru, c'est où ?
Parfondru, Parfonde Rue
en
1331 ; Profunda rua
en 1173 ; Profundus vicus en 1261. Village
de l'ancien Laonnois, bâti au pied d'une colline
élevée, à 7 k. à l'est de
Laon .… Population en 1760 : 338 habitants (75
feux.) On atteint 483 habitants en 1861. Adolphe Joanne dans sa Géographie
de l'Aisne, 1888, septième édition, lui
attribue 378 habitants. Rien n'a tellement changé, sauf la
fertilité : on recense 303 habitants en 2002, pour
quelques 140 feux. Le foyer d'aujourd'hui héberge une
moyenne légèrement supérieure
à deux personnes, contre quatre ou cinq il y a deux
siècles et demi.
Notons, pour la petite histoire et en prévision de remarques
à venir, que le fils du seigneur du lieu, Antoine de
Vassaux, fut guillotiné à Laon en 1793 comme
émigré.
Si l'on trace un triangle dont la base serait une ligne Soissons-Reims
et le sommet Laon, on trouve Parfondru, pôle nord de la
famille, sur la ligne Laon-Reims, mais pas sur la nationale. Il faut
passer par Bruyères-et-Montbérault, par l'un des
anciens chemins de Reims, pour obliquer vers Parfondru et
découvrir le village le long de la route, adossé
à la 'montagne' côté sud et donnant sur
une épaisse forêt aux fonds marécageux
côté nord. Une voie romaine, de Reims à
Arras par Athies-sous-Laon, passait en limite de commune. Parfondru n'a
pas d'horizon du tout. D'où le nom. La 'montagne' en
question fait partie d'un relief de creux et de hauteurs qui
s'étend jusqu'à Craonne. La route de Soissons
à Laon est perpendiculaire au début du Chemin
des Dames, au pied duquel se trouve Braye-en-Laonnois,
pôle sud de nos origines. Toutes les invasions venues de
l'est, si elles n'étaient pas arrêtées
à Valmy ou sur les Champs Catalauniques, venaient buter sur
ce dernier rempart avant le centre vital de la France.
Napoléon y arrêta les Prussiens en 1814. Un
siècle plus tard, leurs descendants tinrent les lieux du
début à la fin de la Grande Guerre.
Si l'on se souvient que les sommets du triangle LAON-REIMS-SOISSONS
représentent les capitales et villes majeures du Royaume de
France au temps des Mérovingiens puis des Carolingiens (la
légende voudrait que Charlemagne, né en
Bavière, eût été
conçu à Samoussy, près de Laon) ; que
les rois de France sacrés à Reims devaient y
boire une coupe de vin de Laon ; que nous sommes sur la route
des invasions victorieuses ou sur le point d'achoppement de celles qui
ont échoué, ce qui implique soldatesque, camps
militaires et autres incursions venues d'autres horizons, il est permis
de penser que les origines génétiques de la
famille Migrenne, risquent fort d'être
à la fois plus douteuses, ou plus nobles, qu'il n'y
paraît.
Il est permis de rêver qu'au cours d'une chasse au cerf ou au
sanglier au pied de la butte de Laon, une femme de Parfondru, aux
champs, a pu voir le loup sous la forme d'un membre de la famille
régnante, portant chausses de graine ou de migrenne ;
tout autant qu'a pu être engrossée par quelque
soudard une femme de Braye-en-Laonnois occupée
dans les vignes ; la paternité de l'enfant étant
attribuée à l'époux
légitime peut-être déjà
porteur du nom. Ou bien l'enfant prit-il ce surnom qui perdura. Nous
n'étions, après tout, qu'à un trait
d'arbalète des envahisseurs ou des défenseurs du
moment, ou à un jet de sperme de la Cour de
France… Ceci pour consoler qui regretterait nos origines
roturières. Probablement rien d'Auxerrois, sauf
peut-être le soudard en question s'il a fait souche. Mais
quand ?
Il faut aussi penser que le sommet des 'montagnes' est
truffé de creuttes/carrières, du Chemin des Dames
à Parfondru ; que des traces d'occupation gallo-romaine ont
été détectées à
Orgeval. Et nous revoici chez Mithra.
Si la belle de Parfondru s'en allait
vendanger, il lui fallait grimper la colline bien raide pour arriver au
sommet et, obliquant légèrement à
gauche vers Montchalons, soit
à droite vers Orgeval,
redescendre vers les coteaux exposés au sud où
étaient les meilleures vignes. Il y en avait encore une ou
deux sur pied, vers Orgeval, pendant et
après la guerre. Gamin, j'allais aux noisettes au lieu-dit
'Les Vieilles Vignes', sur Montchalons,
où subsistaient encore quelques poteaux de soutien, fils de
fer rouillés et ceps redevenus sauvages. Mon grand-oncle
Léon Suply, à Courpierre, tout près,
faisait encore son vin en 1948. Beaucoup des terres arables se
trouvaient sur les terroirs de Montchalons et d'Orgeval, plus
cultivables que celui de Parfondru. Il y avait aussi des vignes sur le
terroir de Bruyères et de Vorges (arrachées
après les gelées, vers 1870). Du profond vallon
de Braye, tout le monde devait monter aux vignes toutes proches.
Il se trouve que la branche des Migrenne
à laquelle j'appartiens s'est fixée un jour
à Orgeval et que ma
mère était à Montchalons.
Me voici donc au cœur géographique du
problème, triangle dans le triangle. Issu du croisement d'un
'cabot' d'Orgeval et d'une 'talons brûlés' de
Montchalons, à trois quarts d'heure de marche de chez les
'paille-foin' de Parfondru, nos ancêtres communs et (pas si)
lointains cousins. La mode était alors aux sobriquets : des Migrenne
ont été, au gré de leur domiciliation
ou des alliances, soit (c'est à voir) des 'cocus' de Vorges,
soit des 'loups' de Bruyères ou des 'marchands de balais'
d'Athies. Nous reviendrons sur ces deux localités,
éminemment importantes dans l'histoire de la famille.
Pour l'instant, attachons-nous à l'activité des
premiers Migrenne de Parfondru. Vignerons, ils
cultivaient aussi le chanvre que, tisserands, ils transformaient. Ils
pouvaient aussi travailler dans les grandes carrières de
calcaire coquillier qui s'allongent sous la montagne de part et d'autre
de la pompeusement nommée 'route stratégique',
tout juste assez large pour un attelage agricole, qui court sur la
crête. Chanvre, vigne et carrières n'ont pas
résisté au phylloxéra, au coton, aux
hivers rigoureux, aux chemins de fer, à la marine
à vapeur, à l'industrialisation. Le vin de messe
qu'ils produisaient, vendu dans le Nord et en Flandre, ne coula plus
dans les sacristies, et encore moins sur l'autel de Reims. La betterave
à sucre et les céréales, exigeant de
la surface, ne payaient ni le journalier, ni le petit exploitant qui
dépérit lentement.
Adolphe Joanne
(op.cit.) et Barral
et Sagnier
dans leur Dictionnaire d'agriculture, Encyclopédie
Agricole complète, Hachette, 1895 ?
donnent une idée de la situation.
Il y avait des revenus
complémentaires. On se
plaçait comme bonne dans la capitale ou on prenait des
enfants en nourrice, souvent illégitimes semble-t-il.
Conséquence : une nourrice rentrant de Paris
amène le choléra à Coucy-les-Eppes
début mai 1832. L'épidémie atteint
Parfondru quelques jours après et frappe une famille
entière de Migrenne, tisserands. La
pratique était en effet que de nombreuses Parisiennes
confient leurs enfants à des nourrices de ces villages. Cela
arrondissait les fins de mois de ces tisserands/vignerons peu
fortunés.
D'où la diaspora, précédée
d'une période où la misère fit des
familles toujours plus nombreuses, mais aussi l'incrustation de deux
souches beaucoup moins prolifiques, présentes sur ces
terroirs jusqu'après la Guerre (la deuxième).
Curieusement, ces deux souches sont, par ordre de
primogéniture, la branche aînée de la
famille, à Parfondru (nom maintenant éteint) et
la dernière, la mienne, qui eut aussi sa diaspora, mais
tardive et partielle. Le nom n'existe plus à Orgeval. Toutes
les branches intermédiaires avaient pris soit la route de
Laon par Bruyères puis Athies, soit celle de Reims, par
Saint-Erme et La Malmaison, à des moments divers.
Orgeval, Orgival, Orgia
Vallis en 1168, a décliné de 418
habitants en 1760 (93 feux) à 145 en 1800
(pourquoi ?) pour en arriver à moins d'une centaine
du temps de mon père et à 65 en 2002.
Montchalons, Montchablon,
Montchavelon en1328, Mons Cabilonis, en 1141, qui
comptait 51 feux et 235 habitants en 1760, en comptait encore 198 en
1861. De mon temps il n'y en avait pas cent. Il n'y en a pas plus
qu'à Orgeval en 2006.
Orgeval et Montchalons ont
en
commun d'appartenir aux
communes où l'on trouve des demeures que l'on appelle 'les
vendangeoirs du Laonnois'. Ces résidences secondaires en
pays de vigne, qui ont encore fière allure, ont
été décrites par le Comte Maxime de
Sars dans son ouvrage éponyme, publié sous
l'égide de la Société Historique de
Haute Picardie et réédité en 1986 par
l'Imprimerie de la Manutention à Mayenne.
Dans les ruines, maintenant peu visibles, de l'important
château féodal, il y aurait eu la
sépulture de Ganelon, personnage majeur de la geste
carolingienne. Ma mère se souvient encore de souterrains,
accessibles de son temps, rattachés à cette
légende. Dans son ouvrage fort érudit mais, par
ailleurs, entaché de défauts
rédhibitoires : LAON PROMONTOIRE SACRÉ
des druides au IXè siècle,
paru à Laon en 1994, Madame Suzanne Martinet
consacre deux pages et une photographie à 'Ganelon et
l'église de Montchalons' et mentionne cette possible
sépulture.
Si le chemin qui va de Montchalons
à Orgeval par les fonds
humides et sablonneux n'a aucun intérêt, la 'route
stratégique' sur la ligne de crête est tout
autrement intéressante pour ce qui est de
l'archéologie. Cette ancienne voie romaine s'appela un temps
'Route des Blatiers (marchands de blé)
de Soissons à Nizy-le-Comte par le Camp
de Saint Thomas'. Voir figure 59 dans Fleury, Le
département de l'Aisne en 1814, Laon, 1858,
in-8°, réédité en 2000.
Fleury dessine des coupes d'un 'aqueduc romain… que
j'ai retrouvé, à la fin de l'hiver de 1876, le
long des pentes d'Orgeval…'(figure
105). Rien de plus naturel, puisque l'eau claire a toujours
coulé en abondance à Orgeval, alors que
Montchalons est resté à sec jusqu'à
ces dernières années. Cette coulotte, comme on
dirait là-bas, n'avait rien à voir avec le Pont
du Gard ; il n'en reste plus rien.
Fleury parle de cette crête où se trouve
l'alignement des grès d'Orgeval et dont ne subsistent que
trois ou quatre mégalithes longtemps enfouis sous les ronces
et maintenant dégagés. Ils ont toujours
été appelés 'les grès'. On
y montait racler le grès pour faire du 'sabouri' (sable
pourri ?) afin d'aiguiser les faux. Moi, je n'en n'ai entendu parler
que très tard, par mon père. Plus personne ne s'y
intéressait. Citons Fleury : 'Ce plateau,
indépendamment des voies gauloises et romaines qui le
sillonnent en tous sens… est couvert de stations et de
débris préhistoriques. Festieux, Veslud,
Parfondru, Bruyères, Montchalons et Arrancy
possèdent leurs stations de creuttes (grottes)
ruinées et de silex… on ne retrouve que les silex
sur les pentes au-dessus d'Orgeval… ces localités
furent habitées au temps de la pierre polie. Il n'est donc
point étonnant qu'aux temps mégalithiques des
hommes aient pu dresser là leurs dolmens, ou menhirs, ou
alignements' (p. 111). Il y
avait encore en place au début de ce siècle (le
19e) plus de 60 blocs… dont
l'un dépassait quatre mètres en hauteur.'
Il faut lire les pages 112 à 119 pour tout savoir sur cet
alignement, peut-être unique dans le Nord de la France, et
dont il ne reste pratiquement rien puisque la Manufacture de
Saint-Gobain, si l'on en croit Fleury, exploita les grès
comme source de matière première pour le verre
qu'elle produisait. On suppose qu'ils avaient été
extraits des sables de Parfondru. Je n'y
ai jamais vu de silex.
C'est de cette ligne de
crête
qu'a été
prise la vue panoramique de Montchalons qui a servi de toile de fond
à une publicité pour les tracteurs AVTO dans les
années 80/90.
Comment se disait Migrenne au
Néolithique avant Mithra ?
2
BRUYÈRES-ET MONTBÉRAULT
Si les trois villages
précédemment
étudiés brillent par leur anonymat dans la grande
histoire de France et n'ont, dans ce domaine, aucun
intérêt outre celui d'avoir
été le siège de seigneuries mineures
sur lesquelles on possède des
références détaillées, il
en va tout autrement de Bruyères.
On possède aussi la liste de ses seigneurs, maires,
curés, maîtres d'école, etc. Mais
à Bruyères on se
rapproche de Laon et les rapports du lieu
avec la couronne deviennent intenses et parfois tendus. Une charte
communale affranchissant les habitants de Bruyères
leur est accordée par le Roi en 1130. Voir Ch.
Hidé, Juridiction et Administration municipale de
Bruyères du 12e au 18e
siècle. Tout a déjà
été écrit sur Bruyères. Une
récente réédition de La
Ville de Bruyères-et Montbérault, par
l'office d'édition du livre d'histoire (109/1591) a sorti de
l'oubli cet ouvrage de Charles Charpentier, publié en 1914.
Voir aussi la plaquette de Bernard Toupet : Histoire de
Bruyères et des Bruyérois (1982) et le
Comte de Sars.
Côté étymologie, il y a lieu de
s'interroger sur l'opinion commune qui veut que Bruyères
tire son nom de la plante qui aurait colonisé tout ou partie
des lieux du temps ou ceux-ci prenaient nom. En fait, et vu la
configuration des lieux dans ce sud Laonnois, il serait plus logique
d'y voir une origine apparentée à Breuil
(d'où le nom du château) et à Braye, en
relation avec Parfondru : des bas-fonds marécageux couverts
de broussaille. Et ce d'autant plus que nul n'a la preuve que la
bruyère, plante de lande plutôt aride, qui n'aime
pas le calcaire, ait jamais proliféré dans les
parages. Le lieu-dit Les Bruyères, à Cysoing (59)
non loin d'une implantation Migrenne, n'est que
bas-fond de prairie marécageuse. Il existe des pièces de terre ou
lieux-dits 'La/Les/Bruyère/s' dans toute la France. Dans la plaine et
les vallons entre Caen et Falaise, on n'y imagine guère de bruyère.
Bruyères ayant été incendié
lors de la retraite allemande de 1918, il n'y a plus d'archives
notariales. Beaucoup d'historiens s'étant penchés
sur le Laonnois, il subsiste d'autres documents, mais rien qui puisse
nous renseigner sur la condition exacte des Migrenne
qui vivaient dans le canton. Nous devons nous contenter de maigres et
tardives mentions marginales sur les registres d'état civil,
de données éparses, recoupements, analogies ou
extrapolations.
Pour nous, Bruyères est intéressant à
deux titres. D'abord, c'est à Bruyères que l'on
trouve le premier foyer Migrenne important
établi hors de Parfondru, et c'est dans ce foyer qu'est
né Alfred Migrenne ( AM)
l'écrivain, le poète, le chroniqueur local
infatigable. Ensuite, parce que c'est dans le foisonnement
littéraire et artistique de Laon et de Bruyères
à la fin du 19 e siècle que
s'est naturellement inscrite la carrière d' AM,
même lorsque convictions et nécessités
économiques l'amenèrent à se fixer au Familistère
de Guise, dans la mouvance de Godin. À noter l'exfiltration
d'une fille-mère de Parfondru qui trouva preneur et mari
à Vorges (banlieue de Bruyères) aux temps
troublés de la Révolution, mais laissa
derrière elle à Parfondru son enfant, nantie du
nom Migrenne.
Si le Bruyères d'aujourd'hui a
perdu ses remparts et portes fortifiées ainsi que son
Hôtel-Dieu, démolis entre 1848 et 1894, il a
gardé, pour nous, un intérêt
archéologique majeur : c'est sur la place du Jeu de
Paume, adossée aux vestiges du mur d'enceinte, que l'on
trouve encore l'humble maisonnette qui vit naître AM. Un autre
Bruyérois a beaucoup fait pour garder un souvenir
du Bruyères d'alors. Il s'agit du prolifique et talentueux
photographe, éditeur de cartes postales, Léon
Delahaye. C'est lui qui a produit la célèbre
carte historiée des 'Trois Poètes' où
figure en médaillon central Arsène
Houssaye, flanqué à sa droite d'Alfred Migrenne
et à sa gauche de Charles Charpentier.
Il y eut au moins deux tirages ; l'un en faisant une carte
avec verso réservé à la
correspondance, et l'autre au verso occupé par ce
poème (signé ANONYME et daté de 1909)
exaltant l'amitié qui liait le maître et ses
disciples :
Pendant vingt ans, de 1876 à 1896, ces trois
poètes vécurent l'inestimable bonheur que
procurent l'amitié fidèle et
désintéressée, l'amour des lettres et
la magie des douces rêveries. La mort seule brisera ces liens
solides qui unissent encore ces deux derniers. (Cette note, de Charles
Charpentier semble-t-il, accompagne toujours poème et carte
postale lorsqu'il y est fait référence).
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LES TROIS
POÈTES
Migrenne, Houssaye et Charpentier
Trois de tes enfants, ô Bruyères !
A qui, du premier au dernier,
Les Muses furent familières !
Houssaye, un artiste écrivain,
Poète, conteur et critique ;
Esprit charmant né du levain
De la bohème romantique !
Migrenne, un noble
plébéien,
Le chantre des Moissons Dorées,
L'intéressant historien
De Guise et ses riches contrées !
Charpentier, un autre Vernet
Dont la palette est une lyre,
Qui va de l'idylle au sonnet,
Passant d'une larme au sourire !
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Une variante de ce texte figure page 14 sur une plaquette d'AM
intitulée UN BRUYÈROIS
Charles Charpentier, datée 1917, Bibliothèque
Municipale de Reims :
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Migrenne
le virgilien,
Le chantre des Moissons Dorées,
L'intéressant historien
De nos pittoresques contrées.
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Cette carte postale,
éditée en
1908, ornée d'un portrait d' AM datant de
1902 a donc connu 2 versions textuelles, de même qu'elle se
présente sous deux aspects sensiblement
différents. Un Migrenne en a
récemment récupéré un
exemplaire dans une bourse d'échange, portant au verso une
correspondance d' Alfred Migrenne à
l'adresse de son neveu, gendre d'Arthur, établi à
Namur. Voir ‘ Autour
du nom'
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ALFRED
MIGRENNE ET BRUYÈRES daté de
Guise, Janvier 1910 :
Bruyères
À
mon pays natal,
À
mes compatriotes.
Bruyères ! quel pays peint mieux la poésie !
Il faut le voir avec ses toits rouges et bleus
Lorsque par le soleil des parfums d'ambroisie
S'élèvent des jardins en effluves moelleux.
Et la montagne donc où les dernières vignes
Attirent dans leurs flancs les oiseaux
d'à-côté,
Où de grands peupliers plantés en droites lignes
Se ravivent le front à la libre clarté !
Il n'est pas jusqu'aux bruits de la forêt prochaine
Qui n'éveillent en nous des souvenirs lointains :
Abailard méditant au pied de quelque chêne
La source véritable assumée aux destins.
* * *
Naguère des remparts d'une épaisseur massive
--Polygone flanqué de gigantesques tours--
Y semblaient défier encore les alentours,
Comme s'ils étaient prêts à la
défensive.
Là sont morts dignement nombre de nos
aïeux…
Anglais, Suisses, Teutons, gens à gages serviles,
Bandits habitués à forcer bourgs et villes,
Appréhendaient leurs coups réputés
furieux.
Leur vaillance a de même éclaté dans
l'histoire
En raison des hauts faits dont Bouvines est marqué,
Souvenirs entraînant par les cœurs
évoqué,
Rappelant à grands traits leur première victoire.
Ils proclamaient : --Ici les justiciers, c'est nous !
Le maire est notre élu, le maire dit : J'ordonne !--
Et le seigneur du lieu, froissé dans sa personne,
Mordait, rongeait son frein en les traitant de "loups".
* * *
Mais de grands changements s'opèrent, dans l'attente;
L'art, l'esprit, le travail, la conquête des droits ;
Du Bruyères d'hier l'église seule reste,
Encore que chaque hiver la marque d'une croix.
Le laboureur n'a plus aux abords de sa terre
L'horrible vision du gibet infamant,
Non ! il sème son grain sans le moindre
mystère
Et, le moment venu, moissonne librement.
Couple d'amants qu'étreint une même
pensée
À la fontaine vont le soir chercher de l'eau,
Rappelant le motif de la "Cruche Cassée"
Que Greuze a mis au jour en un vivant tableau.
* * *
Et moi qui me souviens, au cours des heures brèves
Que l'éternel marcheur coule encore pour moi,
Bruyères, doux pays de mes premiers beaux rêves,
Je dédouble mon cœur et je vole vers toi !
|
De
Bruyères à Vorges, il n’y a
qu’un pas. Des Suply, sortis de
Martigny-Courpierre, y ont naguère vécu. Ils
étaient frères ou cousins de ma
grand-mère paternelle. Une Migrenne, fille-mère
de Parfondru,F 18, y fut exilée et recasée
(épouse
Glorieux) vers 1770. Du temps d’Alfred, le virus
poético-bucolique y a laissé
cette trace, sous la signature de Raymond
Gentil :
3
BRUYÈRES ET ARSÈNE HOUSSAYE
Tout
le monde à Bruyères
connaît les
'trois châteaux' qui font d'Arsène le
Cadet-Rousselle du lieu en quelque sorte. Sauf que notre grand
Bruyérois était autrement flamboyant. Voici
quelques pages tirées des Confessions –
Souvenirs d'un Demi-siècle, 1830-1880, parues en
1885, dans lesquelles l'inventeur du Quarante et
Unième Fauteuil dépeint le paysage et
la vie de son pays natal :
Tome I, page 72 :
À
Bruyères, tout est vivant, rien
n'est heurté, rien n'est sauvage, ni les hommes, ni les
ombres, ni les montagnes, ni les forêts ; tout se fond
harmonieusement, comme une palette de Diaz. Il y a bien
çà et là quelques rochers qui
hérissent les montagnes : mais ces rochers sont couverts de
mousse, de lierre ou d'églantiers. Quelques sources vives
jaillissent des collines, mais elles se promènent
bientôt nonchalamment dans quelque lit de fleurs aquatiques.
Point de sombre solitude, point d'aspect sauvage, point de flanc
déchiré ; la nature sourit à chaque
pas sous les moissons et sous les vendanges. En avril les
pêchers, les cerisiers, les pommiers s'étoilent de
fleurs et répandent sur les marges vertes des chemins la
neige odorante du printemps. Je ne parle pas des jardins
emparadisés par les haies d'aubépine et de roses
sauvages. En juin, quand les filles vont aux bleuets, quand les
coquelicots rient dans le trèfle, c'est un beau spectacle
à voir onduler à l'infini les froments et les
seigles qui se dorent et s'argentent sous le soleil fécond.
En septembre, depuis l'enclos qui répand une odeur de pomme
jusqu'à la vigne où déjà la
grive inaugure ses ivresses, c'est toute une chanson qui
réjouit le cœur, la vieille chanson des vendanges
dont Noé a donné le refrain avant les Grecs :
Evohé !
Ce tableau des paysages de Bruyères m'a ravi dans mon
enfance. C'était un peu les paysages de Ruysdael, d'Hobbema,
de Berghem, assombris là-bas par le voisinage du bois de la
Geule, de la forêt de Lavergny, ou de la haute futaie des
Vertus…
Page 78 :
… La chanvrière se redressa pour montrer ses
seins, les autres l'imitèrent, moins Reinette qui avait
rougi et qui se détournait avec une poignée de
chanvre.
Je rougis moi-même. C'était à deux pas
de la fontaine minérale de Bruyères. Je me
sentais altéré et j'allai ouvrir ma bouche
à la gueule du lion…
Page 81 :
Le voyage à Paris était alors un voyage au bout
du monde. On partait de Bruyères à huit heures du
matin : on prenait à Laon la "diligente" à dix
heures. On dînait à Soissons à quatre
heures et on arrivait à Paris le lendemain matin, au point
du jour, cahoté, moulu, anéanti.
Page 100 :
Bruyères était en ce temps-là un pays
de vignes, ce qui égayait beaucoup le paysage, surtout
pendant les vendanges.
Page 104 :
Comme je n'étais bon à rien, si ce n'est
à faire des vers, on voulut bien me donner à
choisir entre les charrues et les moulins. Je choisis les moulins et
les charrues…
C'est alors que je vis souvent lever l'aurore. On me
réveillait au point du jour. Pendant que les chevaux
savouraient leurs derniers grains d'avoine, je choisissais deux des
plus robustes, je les harnachais et j'allais labourer quelque champ
voisin, aux Châtaigniers, aux Malfiancés,
ou au Château.
Page 113 :
Eh bien, il y a cinquante ans, les montagnes de Bruyères
étaient toutes peuplées de moulins, sveltes,
élancés, rapides dans leur vol, qui ne semblaient
juchés là que pour amuser les enfants, vraie
volée d'oiseaux babillards… Les moulins de notre
montagne n'allaient pas les bras croisés ; dès
que le vent soufflait, ils y allaient gaiement avec leur
perpétuel tapotage qui n'était pas moins
éloquent que le flux de la mer. Je conduisais du
même coup le Moulin Hardi, le Moulin des Regrets, le Moulin
de la Tour, mais j'avais des gamins pour mettre la main à
l'œuvre.
Page 134 :
À Bruyères, ou tout le monde avait souffert par
les guerres et par les invasions, on gardait pieusement
l'idolâtrie de Napoléon ; les paysans ne croyaient
pas à sa mort et s'obstinaient à le voir
bientôt réapparaître.
Page 138 :
Dans le cabaret de la Pomme d'Or, où on
dansait à une foire de Bruyères, la belle me
tomba sous la main comme un fruit sauvage.
Tome V 1830-1890
Quand je quitte les solitudes de Bruyères pour le
doux
enfer
de Paris, je dis toujours un adieu attendri au pays natal…
Bruyères est un des meilleurs pays de France, respirant
l'air des forêts et des montagnes, buvant aux sources de la
fontaine minérale, cultivant la vigne et le froment. On vit
cent ans dans ce pays-là. Mon père et ma
mère, qui n'avaient pas quarante ans à eux deux
quand je suis né, m'ont donné un sang
généreux dans un corps robuste, quoique souple et
mince. Mais l'air vif et savoureux de Bruyères a
achevé leur œuvre…
Les petites Alpes de Soissons à Laon, qui vont
s'étageant de la colline à la montagne,
renferment les paysages les plus variés, tantôt
sur les rives de l'Aisne, tantôt dans les
anfractuosités de toute cette région pittoresque
presque partout boisée. Il y a peu de contrées
où les révolutions du globe aient pareillement
bouleversé la terre. On monte, on descend, on remonte plus
haut, on redescend plus bas; on passe de la prairie encadrée
d'arbres à la colline toute luxuriante de vignes, des
sillons fertiles aux steppes infécondes ; on y cultive le
blé, la betterave, le colza, tout ce qui fait la richesse de
l'agriculture ; en même temps on jardine dans les vergers ;
voilà les asperges dans les sables, les artichauts dans les
zones humides. Et combien de villages et de châteaux qui se
cachent dans les arbres, ou qui se démasquent
orgueilleusement sur le versant des coteaux ! Mille sources vives
jaillissent des rochers et s'en vont, par leurs serpentements, donner
la vie aux vallées perdues. Cette chaîne de
montagnes qui s'étend vers Château-Thierry et qui
sépare Reims des deux capitales de l'ancienne France, Laon
et Soissons, est merveilleusement cultivée. Il y a
là toute une population agricole qui vit de son terroir sans
jamais tendre la main…
Quoique Parisien d'origine, je suis né à deux pas
de Laon, en Île de France, dans cette petite ville de
Bruyères qui, elle-même, était encore
une merveille d'architecture gothique. Bruyères,
érigée en commune, une des trois ou quatre
premières villes du royaume, avait une première
enceinte fortifiée autour de son église et une
seconde défendue par quatorze tours autour de ses
habitations, avec quatre portes massives, la Porte de Laon, la Porte
des Romains, La Porte de Reims et la Porte de la fontaine
minérale. Par malheur, j'ai vu tomber tout cela ; la
Restauration permit ce sacrilège. On fut plusieurs
années à tout abattre. N'a-t-on pas abattu,
à Laon, la tour de Louis d'Outre-mer ? Aujourd'hui
Bruyères garde à peine les vestiges de ses
anciennes forces murales. Il lui reste cependant deux monuments
d'architecture : l'église du Xème
siècle, avec ses curieuses sculptures et ses fresques des
premiers âges de la peinture en France ; la
léproserie de la grande rue qui mérite, comme
l'église cathédrale, la sauvegarde des monuments
historiques. L'archéologue y trouve encore des
curiosités anciennes, quelques fragments de sculpture
romaine et la maison surnommée la 'Maison d'Henri IV' parce
que Henri IV y a couché pendant le siège de Laon.
Mon père, qui possédait cette maison, y voulait
fonder un musée archéologique, mais il s'est
contenté de créer à l'Hôtel
de Ville un tout petit musée et une toute petite
bibliothèque…?
Le Chateaubriand du Laonnois avait une vision bucolique
et
quelque peu
seigneuriale d'un lieu dont sa famille possédait une bonne
partie, qui lui était devenu résidence secondaire
et abritait ses parties de plaisir. Un beau décor pour
théâtre parisien. N'y avait-il pas un Trianon tout
près, à Chérêt ? AM,
autre chantre de Bruyères mais de plus pâle eau,
en a aussi connu, lui, le revers de la médaille. Certaines
mauvaises langues en faisaient un rejeton d'Arsène Houssaye
: sa mère n'allait-elle pas faire des extras au château pour
nourrir la maisonnée ? En tout cas, Alfred s'en est
proclamé le fils spirituel.
4 ATHIES ET LA DIASPORA
En 1862, la mère des 6 frères et soeur d'Alfred
(qui était le troisième) meurt dans des
conditions misérables à l'Hôtel-Dieu de
Laon. Deux mois après, le père,
déménage à Athies-sous-Laon,
où il épouse illico celle qui accepte de se
charger de ce fardeau (et qui, elle aussi finira dans le même
lieu de misère, tout comme le père de la
nichée). C'en est fini de Bruyères pour ce qui
est d'une résidence de quelque famille Migrenne
que ce soit (semble-t-il) mais c'est le début de la longue
liaison sentimentale et littéraire entre Alfred, qui allait
sur ses 15 ans, et le lieu de son enfance, quelque miséreuse
qu'elle ait pu être. (Voir Le bonjour d'Alfred)
Athies se
trouve à
quatre
ou cinq kilomètres à l'est de la butte de Laon.
Si le terrain y est encore quelque peu marécageux (un
écart s'appelle Les Sables) il n'y a plus d'obstacle
forestier ni de hauteur d'importance pour boucher l'horizon. C'est
l'ouverture vers un pays de grande culture au relief moins
tourmenté, vers le Nord en venant de Bruyères,
à 7 ou 8 kilomètres de là,
à travers bois. Bien que timide au départ, la
diaspora était en marche. Après les quelques 400
habitants d'un Parfondru sans horizon, le petit millier d'un
Bruyères socialement sans espoir, voici la branche,
à l'époque, la plus prolifique des porteurs du
nom qui se rapproche du chef-lieu. Les conditions étaient
réunies pour la dilution et l'éclatement du noyau
familial, commencé par cette branche que les autres
n'avaient pas suivie.
Si Bruyères a un passé historique
chargé et une identité culturelle
affirmée, Athies (dont le nom signifie en gros 'Les
Cabanes') est terrain quasiment vierge en ce domaine. Dans l'histoire
du nom, Athies reste le village où trois Migrenne
figurent au Monument aux Morts de la Grande Guerre ; où les
tombes des porteurs du nom sont les plus nombreuses. Il est devenu la
souche commune à laquelle beaucoup se
réfèrent, supplantant Parfondru dont le souvenir
était perdu chez beaucoup lorsque j'ai entamé mes
recherches en 1980.
Nous verrons en plus de détail l'évolution de la
famille, que l'on peut résumer succinctement :
Après
un tronc commun de quatre
générations identifiées et
localisées à Parfondru, la famille se scinde en
deux branches, toujours basées à Parfondru,
pendant deux générations. C'est alors que le
cadet de la branche aînée quitte Parfondru pour
Bruyères et Athies. Les autres restent à
Parfondru, tandis que le fils cadet de la branche cadette, s'oriente
lui vers Orgeval.
L'éclatement final montre donc : une division de la branche
aînée fixée à Parfondru
après excursion vers Orgeval ; un éclatement vers
l'est, pour certains ; vers le nord puis toute la France (et la
Belgique,) pour l'autre sous-branche ; une division de la branche
cadette passant de Parfondru à Orgeval. La diaspora aura
été plus précoce, certainement pour
des raisons de grave nécessité
socio-économique au départ, dans une branche de
la famille qui reste à ce jour celle qui compte le plus de
représentants. Elle a suivi avec deux ou trois
générations de retard chez les autres, ou n'a pas
eu lieu, dans un seul cas.
De la situation actuelle nous ne dirons rien de plus que ce qui peut
être déduit de la consultation des annuaires
téléphoniques : le nom est concentré
dans un triangle inversé dont Paris serait la pointe
inférieure, plus répandu au nord qu'à
l'est vers la base qui va du Nord/Pas-de Calais à la
Moselle. Divers porteurs du nom se trouvent en Normandie, d'autres dans
le Sud-Ouest ou en Savoie. Quelques électrons libres
viennent, de temps en temps, marquer la carte de France, voire
d'Europe, au gré des circonstances ou des fonctions diverses
qu'ils occupent sur toute l'échelle des
compétences et activités professionnelles.
5 VINGT ANS
APRÈS
De
même que les trois
mousquetaires étaient
quatre, les quatre branches de la diaspora s'avèrent avoir
été cinq.
Au
moment même où je
rédigeais ces pages un coup d'oeuil sur le web m'apprend la
présence d'une Geneviève Migrenne
décédée à Braye-en-Laonnois
en 1924 (erreur de transcription, NdR). Sans plus. La toile (les Migrenne
n'avaient-ils pas été tisserands, avant tout ?)
me relie à un porteur du nom qui habite à deux
pas. Sa visite à la mairie confirme l'existence de tout un
nid de Migresne/Migrenne/Migraine,
inconnu jusqu'ici, dont un Jean-Baptiste. Vu que Geneviève
est devenue Genièvre, il y a fort à parier que le
(les) rédacteur(s) de ces actes étai(en)t en
délicatesse avec l'orthographe.
Au lu de l'e-mail, je replonge dans mes fiches, toujours
là
sous vingt ans de poussière, pour m'apercevoir que j'avais
bonne mémoire. En effet, j'avais gardé trace d'un
électron libre. L'état civil de Montchalons (ou
aucun Migrenne ne s'est jamais
établi) montre la présence en tant que
témoins, lors d'un mariage en 1882, d'un Jean-Baptiste Migrenne
et d'un Ernest Chédeville, de
Parfondru. Le dit Jean- Baptiste est dit âgé alors
de 60 ans, mais rien ne colle. (En fait il s'agirait de H5,
de Parfondru, mais âgé de 70 ans). Un voyage aux
archives, à sa recherche m'ouvre des horizons tout nouveaux.
La lignée de Braye, qui contient des Jean-Baptiste, (mais
les dates ne correspondent pas) est bien reliée à
la nôtre, mais uniquement par le sommet, au point que l'on se
demande si Braye n'est pas antérieur à Parfondru.
Et le nom n'y fut que Migraine (avec maintes
variantes) pendant deux siècles. (Voir AUTOUR
DU NOM)
6
BRAYE-EN-LAONNOIS
Le
brai, c'est du goudron, mais
aussi de la fange ou du mortier. Si
l'on descend du Chemin des Dames par la pente abrupte
côté sud, on arrive dans des fonds sableux et
naguère marécageux, communs à une
grande partie du Laonnois. Les mêmes que l'on retrouve du
côté nord chez les Migrenne
de Parfondru. Vieille racine européenne, le mot a
donné Braium, pour Braye-en-Laonnois,
en 1136. Dans la famille 'marécage', on trouve aussi
Marchais, à côté de Liesse. Et que dire
de Bièvres, habitat du castor, hôte naturel de ce
type de paysage. La France d'en bas. Quand elle montait en haut,
c'était pour aller aux vignes ou pour se réfugier
dans les 'creuttes', ces carrières qui
s'enfonçaient sous la crête. À moins
que la misère n'y poussât les habitants trop
pauvres. (J'ai encore connu des troglodytes qui, vers 1950, habitaient
les creuttes, les 'carrières' comme on disait, entre
Montchalons et Orgeval.) À mi-chemin, ils travaillaient les
70 hectares de vigne encore exploitées en 1870. De Mithra
à la Caverne du Dragon.
L'histoire
de Braye est avant
tout liée aux
grandes batailles qui ont fait la Gaule puis la France. Tout
à déjà été
écrit sur le Chemin des Dames. C'est de Braye et des
villages voisins, ou de ce qu'il en restait, au pied du versant sud de
la crête rouge que sont parties les contre-attaques
sanglantes de la Première (1914) de la Seconde (1917,
offensive Nivelle) et de la Troisième (1918, offensive
Maistre*) Bataille de L'Aisne, qui firent un bon demi-million de morts.
Braye appartient au canton de Craonne. Terre de ruines et de
cimetières. Il ne reste aucune pierre debout datant d'avant
14.
C'est dans un des
vendangeoirs de
Braye que coucha Napoléon
après sa victoire de Craonne en mars 1814,
succédant à Blücher qui s'y tenait
encore la veille. Les historiens ont souvent cité les pages
relatant ce court séjour. C'est par là qu'en 595,
Frédégonde, Reine de Neustrie, défit
Brunehaut, Reine d'Austrasie. Qu'en 57 avant notre ère, un
certain Jules César écrasa les Gaulois et
s'ouvrit les portes de la Belgique.
Pour ne pas faire de
jaloux,
notons qu'un certain capitaine de
blindés, Charles de Gaulle, a couché une nuit
à Bruyères en 1940.
Ne
croyez pas qu'il ne s'est
rien passé entre ces dates.
Toutes les armées y ont essuyé leurs bottes,
victorieuses ou en déroute. Voir page Bruyères
ainsi que les 'Hors d'oeuvre' de l'état civil d'AM
dont nous citons quelques extraits par la suite. Cherchez
Braye-en-Laonnois sur le web et vous saurez tout.
*Il
y avait déjà des
Maistre/Maître, venus de Savoie explique un acte,
à Braye (et Parfondru) à la fin du
17éme siècle. Au début de notre
histoire & Mercenaires de la Garde Suisse ? Colporteurs ?
Les Normands y seraient
passés
(on ne prête qu'aux
riches.) La Guerre de Cent Ans n'oublia pas la région. Les
Jacques y tentèrent leur révolution. Les Guerres
de Religion y semèrent la désolation. Avec quelle
légion, sous quelle croix, dans les jupons de quelle
cantinière sont venus les Migrenne ?
Adolphe Joanne nous apprend
que
Braye-en-Laonnois comptait 1160
habitants en 1888. On en recense 195 aujourd'hui. Les lieux ne sont
plus ce qu'ils étaient, contrairement aux lieux de notre
lignée, situés à l'écart de
la ligne de front. Maxime de Sars y recensait une dizaine de
vendangeoirs. Il ne reste rien. Tout le monde connaît
Craonne, rasé jusqu'au sol. Braye-en-Laonnois fut aussi
tondu à zéro. On en parle à peine.
Début
février 2003, une autre découverte venue du web accroît le nombre de
noyaux Migraine décelés en France. Il y en
avait
dans le Cher, à Trouy et Saint-Caprais. Profession : laboureurs, comme chez nous. Prénoms
: Jean, Jeanne, Laurent, Pasquette,
comme
chez nous. Et une ou deux (seulement) variantes orthographiques en migrENE, comme à
Braye-en-Laonnois. Voir http://cops74.free.fr. Aux mêmes
dates qu'à Braye et Parfondru.
Côté
Seine-Maritime, les Migraine,
peut-être pas venus de Nantes, mais plutôt de
Canteleu, graveurs sur bois pour le compte des imprimeries sur coton de
l'industrie rouennaise, se sont alliés aux Villette,
charpentiers de marine, d'où leur forte implantation dans le
bois ; mais l'ancêtre n'était que 'journalier',
lui aussi. Pas de variante orthographique, à ma
connaissance. Pas de points communs pour ce qui est des
prénoms, sauf Claude, mais il y a une
génération d'écart entre 18 et 76.
Géographie des implantations
originelles MIGRAINE
Cher
: Un
losange, en plein centre
de la France. Diagonale majeure : Bourges/Saint-Baudel, environ 40
kilomètres. Diagonale mineure : Charost/Lapan, environ 20
kilomètres. Origine : Trouy, Bourges, Saint-Caprais, puis
déplacement sur Lunery, Civrais. Diasporas mineures
Baugy,Gron, Augy-sur-Aubon, Vierzon. Il y a encore des porteurs du nom
sur place.
Seine-Maritime : Le haut de la
boucle de Seine à Canteleu et aux alentours
immédiats de Rouen, (Déville) avec une excursion
temporaire à Saint-Saëns (1626-50). Famille
aujourd'hui encore fortement représentée du Havre
à Rouen. Un lien avec le premier nom
répertorié ? (1198)
0rne : Dans le Perche, aux confins
de l'Eure-et-Loir, avec une excursion dans ce département
aux environs de La Loupe. De Moutiers-au-Perche à Longny, le
long de la Corbionne, sur une quinzaine de kilomètres.
Famille apparemment éteinte au début du
19ème siècle. Peu prolifiques. Aucune trace.
Implantations MIGRAN/D
Charente-Maritime
Récentes : après 1916, après un fort
noyau marseillais aux 16ème/17ème
siècles.
Hiatus pour l'instant inexpliqué, faute d'accès
gratuit aux données fragmentaires ou à d'autres
sources généalogiques privées.
Charente : il
existe un mithraeum sous
l'église
troglodyte/monolithe d'Aubeterre-sur-Dronne, 16390.
À noter : les deux seuls villages de France
commençant par MIGR. Migré 17330 et Migron 17770.
Migré, visité, n'offre aucun indice.
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