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I INTRODUCTION LA FAMILLE MIGRENNE, SES ORIGINES, SON HISTOIRE Il
arrive,
un jour ou l’autre, qu’on se demande pourquoi on s’appelle Migrenne. Le
nom n’est pas courant. Soit on demande à ses parents, soit on a entendu
un crétin quelconque, parfois bien intentionné, vous demander si vous
êtes allergique à l’aspirine, ou autre vanne du même genre. Si l’on se
trouve comme moi en Normandie, la plupart des gens vous appellent
immanquablement Degrenne.
Peut-être à cause d’un célèbre cancre à bonne
bouille, bon en dessin, soi-disant ancien élève du Lycée Malherbe de
Caen, et rendu célèbre par sa coutellerie.
J’ai
rencontré des Migrenne
qui en souffraient, et d’autres qui s’en contre-fichaient. J’ai aussi
rencontré des gens qui ne pouvaient pas se résoudre à écrire Migrenne
mais Migraine. Chose curieuse,
jamais, à une seule (importante et
localisée, étalée au long des ans) ou peut-être deux ou trois
exceptions (mineures) près, lors de mes recherches généalogiques, je
n’ai constaté d’erreur de la part des officiers d’état civil ou des
curés de campagne dans l’orthographe du nom. Ces confusions,
relativement récentes, n’ont eu aucune conséquence. Heureusement, car
il y existe des Migraine
appartenant à des familles d’origine, histoire
et répartition géographique totalement différentes de la nôtre.
Heureusement aussi, car il y a eu d’autres erreurs d’état civil de
première grandeur, aux effets plus ou moins cocasses ou fâcheux.
Certaines seront relatées plus loin.
Revenons au pourquoi. La
réponse
obtenue, lorsque j’ai posé cette question dans mon enfance, était qu’il
y avait (eu) d’autres Migrenne,
en particulier un parfait homonyme de
mon père (nom, prénom, génération) dans le village d’à côté. On ne les
connaissait pas. Il devait y en avoir aussi dans un autre village, un
peu plus loin, mais il était clair qu’on ne voulait pas en savoir plus
à leur égard. En fait, cet isolement tient à la fois à la configuration
géographique du lieu, sans horizon, et au noyau familial immédiat très
restreint.
Pendant la
guerre (la deuxième), et après, les Migrenne
de
France sont restés anonymes côté références téléphoniques. Pendant très
longtemps il n’y eut pas plus d’une mention dans tout l’annuaire de
l’Aisne. Leur condition sociale les tenait loin de l’automobile et du
téléphone (alors qu’il y en avait un en Belgique, Arthur, frère
d'Alfred, 'gastronome, Rue de l'Ange' à Namur, raccordé au réseau. (En
date du 1 mars 1887, il y avait 94 abonnés). Mais ça, c’est une autre
histoire, à venir.
Arrivés en Normandie en 1946, les Migrenne
auxquels
j’appartiens, étaient au nombre de trois : mon père, ma mère et moi.
Mon frère naquit en 1948. Petit artisan menuisier, mon père se vit
bientôt demander s’il avait de la famille au Havre. Entendant sa
réponse négative, les représentants mettaient un bémol à leur degré
d’estime : au Havre, avec large pignon sur rue, il y avait les
Migraine, importants
marchands de bois… L’autre famille, pas la nôtre.
Un jour, un représentant s’étonna d’avoir un autre Migrenne, menuisier,
dans sa tournée. Inconnu au bataillon fut la réponse. Ce n’est que bien
des années plus tard que j’ai découvert l’existence de ce qui avait été
la grosse menuiserie Migrenne,
de Saint-Pierre-sur-Dives, dans le
Calvados. Mon père était dans l’Eure.
Point commun : tous les deux
étaient arrivés dans le sillage de la guerre. Mon père prenait sa part
de la reconstruction de Brionne, dans l’Eure, avec son associé,
compagnon de captivité, et leur légendaire voiture à bras sur pneus
rescapée de la débâcle allemande. Le Migrenne
de Saint Pierre sur
Dives, venu d’on ne savait où, prospérant dans la reconstruction de
Caen et des alentours, roulait carrosse, disait-on.
Pas d’automobile,
rien à faire dans le Calvados, et toujours le cercle très restreint. Il
n’y a jamais eu guère plus de douze à quinze personnes dans notre
famille immédiate, côté mère et côté père réunis. Ceci explique cela.
Et d’épisodiques incursions dans l’annuaire de l’Aisne, lorsqu’il
m’arrivait d’en avoir un sous la main, n’indiquaient toujours qu’une
seule et même personne à la même adresse, en fait la résidence
d’origine du menuisier du Calvados, mais ça je ne l’ai su que des
années après.
Il fallut attendre 1963 pour qu’une remarque, me touchant
personnellement, vienne réactiver, sans suite alors, l’intérêt qui
m’attachait au nom de la famille. Mon épouse venait de prendre son
premier poste d’enseignante de lettres classiques dans un lycée de
Caen. Un représentant de chez Nathan (toujours les commis voyageurs…)
lui demanda si elle n’était pas la femme du célèbre Jean Migrenne,
auteur de plusieurs manuels en usage dans l’enseignement primaire.
Imaginez la stupéfaction. Je n’étais alors qu’étudiant et je préparais
le CAPES et l’Agrégation d’anglais à l’Université. Un catalogue
prouvait l’existence de ce parfait homonyme, totalement inconnu.
Il y
eut les concours, ma nomination au Lycée Malherbe (sans Degrenne), les
enfants, l’extension de ma vie familiale dans le Midi pour des raisons
conjugales et, lors d’incursions dans les annuaires, toujours le désert
complet côté Migrenne. Il n’y
en avait aucun dans le grand Sud-Est.
Et
puis en 1980, d’un seul coup, le choc, l’énorme dose d’adrénaline qui,
pendant six ans principalement, m’a tenu sur la piste des Migrenne
alors existant et qui a abouti à la confection de la pyramide
généalogique que j’ai tenue pour parfaite, ou à peu près, jusqu’à ce
que, vingt ans après, l’informatique et le retraite étant venues, tout
soit à reprendre. Je déniche alors, en surfant, la partie émergée d'une
importante lignée oubliée, car éteinte (celle de Braye-en-Laonnois), et
tombe, par ailleurs, sur quelques électrons encore libres, pourtant
issus de la pyramide et maintenant réintégrés au noyau dur.
C’était à
Nice et il pleuvait. L’annuaire téléphonique m’offrait de quoi passer
le temps. A… Antibes… Migrenne.
Le lendemain nous voilà devant
l’immeuble. Inimaginable ! Nous étions là : MIGRENNE JEAN, MONSIEUR
& MADAME, sur une boîte à lettres, pas la nôtre. Le hasard
nous
ayant mis en présence du syndic de l’immeuble, l’adresse de vacances de
«ce Monsieur très bien qui vient du Nord» me parvint par retour du
courrier. Téléphone. Présentations. Correspondance. Invitation. L’année
suivante nous passions une partie de nos vacances chez ces autres
nous-mêmes, en compagnie de leurs propres enfants et petits enfants.
Nous avons tous eu l'étrange impression d'être de vieilles
connaissances… C’était le Jean
Migrenne de chez Nathan.
Entre temps
j’avais fait à la main tous les annuaires de France et commencé les
recherches pour relier tous les fils épars qui me parvenaient. C'est
alors que j’ai découvert le troisième Jean
Migrenne. Chose curieuse,
mes aînés homonymes étaient les deux seuls à posséder des archives de
famille. J’étais le seul à m’intéresser à la généalogie. Ils sont
aujourd’hui décédés. C’est à eux que je dédie ce travail. Mais que
soient aussi remerciés tous les Migrenne qui ont ouvert leur porte au
parfait inconnu que j’étais alors pour eux, transformé à mon tour en
voyageur de commerce.
Dans les premiers temps de la recherche, chacun y est allé
de son idée quant à l’origine et l’étymologie du nom. Furent envisagées
des hypothèses nordiques, eu égard à la racine suédoise GREN, très
répandue, qui signifie ‘branche’ (d’arbre) ou à une certaine analogie
avec le célèbre faussaire hollandais Van
Meegeren. L’existence d’un
idéogramme chinois ‘gren’ signifiant ‘homme’, comme dans taïkungren =
astronautes/hommes du grand vide, n’est d’aucun secours, évidemment.
Le
Web regorgeant de listes, organigrammes et annuaires divers, on y
découvre les patronymes Migrone,
au Brésil ; Migré, en Suisse ;
Migrdichian, Migrin, Migrino, Migram aux U.S.A : 8 Migrin, 21 Migrino,
2 Migram aux USA/Canada (2010)
; al-Migrin, en Arabie
Saoudite et au
Canada ; Majed & Maryam Migren
aux USA (2010) ; Migranov, en
Russie
et au Kazakhstan.
Un email reçu le 21 février 2010, émanant de Karl
Migrin, habitant du
Michigan, me dit ceci (je résume) : Notre
père,
John Walter Migrin, fut adopté par Mike et Mari Migrin, à Détroit le 18
avril 1936…. Mike Migrin était né Mihail Migrenko. Il est arrivé aux
États-Unis avec un passeport russe en 1912 ou 1913, sous ce nom. Né le
1 janvier 1887 en Russie, il est décédé à Detroit le 6 janvier 1988.
….Ses papiers militaires le donnent né en Ukraine, dans la région de
Kiev, le 19 décembre 1888….Mon père nous parlait d’un général russe du
nom de Migrin… Mes recherches sur le nom de notre
famille m’ont fait
croiser la trace d’une Frantika Migrin résidant à Malešov (actuelle
Tchéquie) et débarquée aux USA, le 12 janvier 1911, du paquebot
Kronprinz Wilhelm en
provenance de Brême. Une Anna Migrin, née en
Autriche, a débarqué le 7 avril 1926. Un prisonnier russe du nom de
Feodor Migrin, libéré de Dachau, est arrivé aux USA le
6 septembre
1944…
Puisque nous allons nous retrouver ‘dans les dieux’ à cause de
Mithra, notons que l’Encyclopédie Hébraïque relate que
du temps où
Joseph était régent de l’empire égyptien, en 2270 selon le calendrier
hébraïque, Migrone, fils du
pharaon Rikayon, premier roi et fondateur
de l’Ancien Empire, accède au trône. On l’assimile à Thoutmotès III.
Migrone règnera jusqu’en
2340. Migrone est le nom donné
à une
implantation sauvage de colons israéliens entre Jérusalem et Ramallah.
Pas de Mithra ici, bien
évidemment.
Il existait un bois de Migrone,
à Verdun-en Lauragais, au temps des
cathares. (Registres de l’Inquisition
de Toulouse 1273-1280, page 204,
traduits par Jean Duvernoy.)
Il faut aussi signaler les patronymes
Migret et Van Migros en Belgique wallonne
et/ou flamande. Côté wallon,
la terminaison ENNE est très fréquente : en 1887 l'unique page de
l'annuaire téléphonique de Namur, citée plus haut, donne en effet un
Derenne et un Godenne. Il y avait aussi un Rostenne.
Dans cette
optique, nous devons à Jean Germain du centre PatRom de l'Université
Catholique de Louvain (UCL) le commentaire suivant (début 2005) : La
graphie Migrenne est une simple variante du NF Migraine,
majoritairement normand et picard. Le sens originel est bien celui du
mot français migraine, mais probablement avec le sens "dépit" de
l'ancien français (le 1er attesté, à la fin du 12ème s.) La première
mention que je connais de ce nom date de 1198 "Robertus Migrainne",
dans les Rôles de
Normandie. Quant à la finale
–enne, fréquente en
Wallonie, elle n'est qu'exceptionnellement une adaptation française du
génitif flamand en –en (par ex. Janssen>Jansenne). Généralement la
finale wallonne –enne correspond au suffixe français –ine (usine,
ouhène ; cousine, cousène).
Je souscris volontiers à cette hypothèse, d'autant plus qu'elle
correspond à une pratique simple : nom = surnom, dû ici au caractère.
Les MIGRAINE/ENNE, auraient
donc été, à l'origine, des mécontents
patentés. Mais alors, l'existence de seulement quatre souches
familiales étonne car le nombre d’insatisfaits (et pas heureux de
l’être) sur cette terre me semble infiniment plus important. J'ajoute
que cette attestation, antérieure de quelque 350 ans aux mentions
(Migrenne ou Migraine) relevées sur les registres
paroissiaux de
l'Aisne, de Seine-Maritime, de l’Orne ou du Cher, identifie un
individu, sans référence à un toponyme. Or, logiquement, l’attestation
de ce dernier anticipe celle du patronyme (voir fin de la rubrique).
Néanmoins il existe deux souches MIGRAINE
présentes dès les origines de
l’état civil roturier en Normandie : l’une autour de Rouen (les
Migraine que je croyais
alors être ‘du Havre’) et qui a encore de
nombreux descendants. L’autre, ignorée totalement jusque tout
récemment, dans le Perche, et qui semble éteinte depuis au moins un
siècle, sauf découverte éventuelle.
Recherche effectuée au
Fonds Normand de la Bibliothèque Municipale de
Caen : En 1852, M. Lechaudé d'Anisy publie dans les Mémoires de la
Société des Antiquaires de Normandie, la deuxième partie de sa
transcription des 'Grands Rôles des Échiquiers de Normandie',
concernant l'année 1198. Dans ces grands livres de la dette normande
(Magni Rotuli Saccarii Normanniae)
étaient consignés en latin le nom de
tous les débiteurs du Duché ainsi que les montants dus ou remboursés.
Robertus Migrainne n'y
apparaît qu'une fois, à la différence d'autres
qui semblent avoir été des professionnels de la chose. On lit :
Robertus Migrainne debet 20 sol.
pro concordia. Sans mention de quietus
pour remboursement. Dette emportée dans la tombe ? Et pour quelle cause
? Aucune mention de lieu. Nous voici donc à la cour rouennaise de
Richard I Plantagenêt, Cœur de Lion, Roi d'Angleterre, Duc de
Normandie, etc. dans la dixième année de son règne, un an avant sa
mort. Normand de fait, mais pas suédois, même s’il y a là-bas des
Hammargren…
Quant aux Salenne, disparus de Parfondru, localisés alors
autour de Mauregny-en-Haye, et dont nous descendons tous (par
Marie-Jeanne E 16) épouse de
Jean Philippe Migrenne, on les
retrouve
aujourd'hui principalement en Haute-Normandie, S’il en reste dans
l’Aisne. La recherche reste à faire. L’état civil les a transformés en
SALENDRE ou SALLANDRE. Ils sont très répandus
aujourd’hui. * * *
Quelqu’un, dont le père avait été à la SNCF, et qui connaissait
par cœur ses réseaux, suggéra un rapprochement avec LAROCHE-MIGENNES,
dans l’Yonne. Hypothèse alors écartée faute de piste, mais qui est
n’est pas sans relations géographiques avec ce qui suit (mais sans
aucun rapport étymologique). De surcroît, le foisonnement des sites
Internet, où tout le monde se retrouve et se mélange les pinceaux, fait
que bien souvent on confond MIGENNES
ET MIGRENNES. Erreur
étymologique
dans le brouillard orthographique ambiant que les moteurs de recherche
contribuent à répandre.
Un vieil ami me signale un jour que le cadastre
de l’ancienne AUXERRE mentionnait un vignoble réputé, aujourd’hui perdu
sous la ville, dénommé Clos de la Migrenne/Migraine.
Ces crus étaient
réputés dès le 5e siècle. Nous sommes loin des débuts de l’état civil
sous Louis XIV. Pour couronner le tout, une étude historique montrait
qu’un natif du coin s’était distingué à Saint-Domingue du temps de la
marine à voile. Il se faisait appeler Robin de Migrenne. Aucune autre
trace, mais une
documentation intéressante sur les rapports entre le patronyme Migrenne
et l’Auxerrois l’accompagnait. Elle propose une étymologie qui serait à
retenir s’il était prouvé qu’un lien a existé entre l’Yonne et les 4
souches géographiques. Hypothèse que rien ne vient étayer, à part la
vigne, pour deux d’entre elles. Suivons et abrégeons Paul Richard,
d’Auxerre, qui avait bien voulu entreprendre des recherches en 1981 :
Un cru fameux a existé…au lieu-dit Migraine… jusqu’en 1890, date à laquelle le phylloxéra... Les vins produits par ce climat (lieu-dit, NdR) étaient compris dans la ‘Grande Côte d’Auxerre’… En 1812, la Migraine se vendait entre 200 et 300 francs le muid… À ce jour ces climats sont devenus des zones d’habitation. À quelques kilomètres (Saint-Georges), il a existé deux hameaux : le Grand Grenon et le Petit Grenon… du latin grenarium/grenerium, grenier pour les redevances en grain… Du même ordre sont les noms plus connus de GRIGNAN et GRIGNON. Grinnium était un lieu propice à la culture du grain. D’où, dans l’Yonne, les hameaux de la gren(n)erie, ou de gren(n)eterie. Migrenne/Migraine doit donc signifier terrain ensemencé, partie grain/partie vigne. Vers 1200 le climat de Migraine devint in magna Migrana et in parva Migrana (grande et petite Migraine, NdR) lequel mot apparut en français dès 1560, sans variante orthographique, sauf la référence donnée sur le site mentionné ci-dessus. Pour plus de détails voir ci-dessous : LE CLOS DE MIGRENNE. ***
LE
CLOS DE MIGRENNE
Meilleur vin de toute la Bourgogne… Au début de nos recherches, la piste auxerroise fit long feu, faute d’accès à plus de documents. N’était connue que l’existence d’un climat auxerrois fort ancien et au vin réputé. Depuis, l’informatique a exhumé et numérisé les grimoires que recèlent les bibliothèques du monde entier et les érudits auxerrois ont ratissé fin et publié le fruit de leurs recherches : le vin de Migrenne y tient une place exceptionnelle, comme nous allons le voir. De Mithra aux Rois de France et d’Angleterre et au Pape, des guides gastronomiques à la table des gourmets et au guéridon des malades. Le Bulletin de la société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne (1900), définit ainsi Migraine : Célèbre climat de vigne, commune d'Auxerre, connu dès le 12ème siècle. Voir plus bas pour l’étymologie Mithra. L’Abbé Lebeuf mentionne dans sa collation des documents d’archives un état des revenus de l’Évéché d’Auxerre vers l’an 1290 : Vineae circa xxxvj. arpens, videlicet in magna Migrana xxviij. arpenta. In parva Migrana quatuor arpenta & dimidium. Plus loin il commente dans sa table alphabétique : Migraine, vigne proche d’Auxerre, où croît le meilleur vin de toute la Bourgogne. Le texte exact se trouve dans un document de 1593 établi sous forme de réfutation des chefs d’accusation portés à Paris à l’encontre de Jacques Amyot, évêque d’Auxerre : Item, la plus belle pièce de vigne & au lieu où croît le meilleur vin de toute la Bourgogne contenant dix arpens ou environ, proche des murailles d’Auxerre de deux cents pas seulement, lesquelles sont presque tombées en ruine : pour lesquelles maisons et vignes les dits demandeurs concluent à ce qu’il soit condamné à les remettre en bon et suffisant état & les y entretenir. Le climat a dû rétrécir en trois siècles. Lebeuf mentionne aussi : La Chronique de Saint Marien marque que l’an 1118 il y eut une gelée le 8.de Mai, qui fut si grande & si universelle, que dans tout le vignoble d’Auxerre qui étoit fort étendu, à peine pût-on ramasser un setier de vin…Il paroît que c’est de cette même gelée dont il est parlé dans la vie de notre évêque Hugues de Montaigu qui vivait alors & à l’occasion de laquelle il fit des aumônes de son vin vieux de Cône, de Varzi, & même de Migraine proche Auxerre à tous les principaux Monastères de son diocèse. Il ajoute en note un essai de définition de la capacité du muids. Pour ce qui est des envois au pape, il nous éclaire un peu plus loin Ch. IX, pp.103-104, à propos des démêlés du Comte Gui d’Auxerre avec l’Église, en 1171 : Il y avait dèslors à Auxerre un grand nombre de pressoirs, à proportion de la quantité innombrable de vignes…Le Comte ne se rendit point aux remontrances du Prélat... Il (le Prélat) envoya au pape Alexandre III. pour le consulter sur cette affaire, & sur le champ le Pape confirma tous les privilèges des églises d’Auxerre, & en particulier la dixme de vin… Voir Mémoires concernant l’histoire ecclésiastique d’Auxerre par M. L’Abbé Lebeuf…. Chez Durand, Libraire rue Saint-Jacques…, 1783, Tome II, Ch. VI, pp.72-73 : L’Écho d’Auxerre, dans son numéro 42 (1963) publie un article ‘Le vin du « Clos de Migrenne » d’Auxerre’, signé Marie Noël. Deux sites auxerrois reprennent l’un et l’autre à peu près les mêmes données historiques à propos du clos de Migrenne/Migraine, en particulier Auxerre Historique. Nous en extrayons ce qui suit : Auxerre est la boisson des Rois…pinot noir.. Sur …la Grande Côte…à côté de Rosoir, vient Migraine où était le clos de l’évêque. De nombreuses références y sont données relativement à l’éloge de ce vin, dès le 9ème siècle : …c’est surtout au 12ème siècle que l’existence du vin de Migraine nous est particulièrement révélée. Les amateurs le placent au-dessus de tous les autres vins d’Auxerre pour son bouquet parfumé, sa délicatesse et son ton généreux… …l’évêque Hugues de Montaigu… ayant appris que les religieuses de Crisenon n’avaient point récolté de vin par suite de la gelée, en 1118, ordonna à son cellérier de leur donner un muid (268 litres) de vin de Migraine (Migraina)… Au cellérier qui objectait, pensant que Monseigneur galvaudait un si précieux nectar, celui-ci aurait rétorqué : …Vous n’avez point de goût pour les choses de Dieu. Ce qui est dit est dit. Ne savez-vous pas que la parole d’un évêque ne doit jamais être sans effet ? L’histoire ajoute que les nonnes ont revendu le trésor pour se payer une plus grande quantité de piquette. …Les rois anglais… faisaient, au 12ème siècle, acheter du vin d’Auxerre… Un tonneau de ce vin est estimé, en 1198, 10 livres 4 sous… Le texte dit exactement, en références aux comptes du Roi : Pro 2 tonnellis vini de Ancore emptis et missis apud Wattevillam ad opus Regis, 20 lib. 8 sol. per item breve. On ne sait si c’était du Migrenne. Ancore/Au(c)core : Auxerre très probablement. Mais il faudrait savoir de quelle capacité étaient ces fûts. Si le muid (modius) mentionné par ailleurs dans les Rôles, peut varier de 268 à 700 litres selon les régions, il en va de même du ‘tonneau’ dont le Nouveau Larousse Illustré dit qu’il contenait 802,5 litres. Il y a belle marge de spéculation. Curieusement, cette référence est proche voisine de celle où est mentionnée la dette de Robertus Migrainne. Mais sans rapport aucun. …Au 17ème siècle le Chapitre d’Auxerre, plaidant contre les héritiers de Jacques Amyot, citait le vin de Migraine comme le meilleur vin de Bourgogne… …Fagon, premier médecin de Louis XIV, en traitant son maître par les vins de Migraine lui rendit la santé. Érasme avait fait de même au siècle précédent… Auguste Guilmeth nous dit dans ses Notices Historiques, Delaunay, Paris, 1835 : …Quelques mois après (1515), le duc d’Alençon étant venu à Évreux, les officiers municipaux lui firent présent de deux demi-queues de vin de Beaune, du prix de 24 livres ; deux autres demi-queues de vin clairet du même pays, du prix de 22 livres… ; de deux muids de vin d’Auxerre, du prix de 17 livres. Nicolas-Anne-Edme Restif (de la Bretonne), 1734-1806, né à Sacy, près d’Auxerre, écrit dans sa longue somme autobiographique : Monsieur Nicolas ou Le cœur humain dévoilé (16 volumes, 1794-1797), dans la quatrième époque (1755) : Sur quoi mon père dit : Jusqu’à vingt et deux ans, je préférais le lait au vin. –– Mais à présent, le vin au lait ? dit le vigneron. –– Buvez de celui-ci, mon très cher allié ; je suis bien aise d’en avoir votre avis ? … Or le vieillard Servigné avait du meilleur vin de la ville, après Migrenne et La Chênette, ses vignes étaient situées derrière Saint-Gervais. Mon père le trouva délicieux, et assura que c’était le plus grand vin qu’il eût bu… . En 1807 (An XIII), Jean François Coste publie chez Maradan, libraire, 29 Rue des Grands Augustins un Almanach des gourmands servant de guide dans tous les moyens de faire excellente chère… par un vieil amateur. Il nous dit, pages 280-282 à propos du Vin du Clos de Migrenne : Parmi les vins que la Bourgogne envoie chaque année dans la capitale, et qui sont reçus avec d’autant plus de reconnaissance sur la table des vrais Gourmets, qu’ils joignent à un parfum aussi fin que délicieux, l’avantage de ne nuire ni aux nerfs, ni à l’estomac, ni à la tête, on doit distinguer celui du Clos de Migrenne. Ce vin, au jugement de M. Naudet, excellent gourmet, très fin connaisseur et fort bon convive, est d’un tel velouté qu’il glisse en quelque sorte dans le gosier après avoir voluptueusement parfumé le palais. Il n’a pas besoin, comme ceux de Bordeaux, de courir les mers, ou comme les Vins du Roussillon, de passer vingt ans en bouteille, pour acquérir toutes ses vertus. Dès l’âge de deux ans il est digne de paraître sur les tables les plus recherchées, et d’y figurer parmi les meilleurs vins d’entremets. Monsieur le Duc de Choiseul, qui n’est pas moins grand Gourmand que grand Ministre, avait une estime particulière pour les Vins du Clos de Migrenne ; il en faisait même une telle consommation qu’il en avait fait singulièrement monter le prix, et que ce vin se vendait alors jusqu’à 600 livres le muid. L’ancien évêque d’Auxerre, possesseur de ce clos, en offrait chaque année les prémices au Roi et au Souverain Pontife, et l’on assure qu’il ne pouvait leur faire de présent plus agréable. Ce clos a passé des mains de ce respectable prélat dans celle de M Rougier de la Bergerie, membre de la Société d’Agriculture de Paris, et savant recommandable par ses connaissances agricoles. Ce citoyen…qui a enrichi la littérature rurale d’un grand nombre de découvertes utiles, et qui pratique lui-même l’art qu’il sait si bien enseigner aux autres, s’est appliqué à conserver l’excellent vin de Migrenne dans toute sa pureté. En attendant qu’il ait formé à Paris un dépôt de cet excellent vin, les vrais amateurs qui voudront s’en procurer, peuvent s’adresser en toute confiance à M. Rougier de la Bergerie, Propriétaire, à Auxerre, Département de l’Yonne. La même année, Aubin-Louis Millin publie, à Paris aussi, son Voyage dans les départemens du Midi de la France (abondamment traduit en anglais, par ailleurs). Dans le Tome I, chapitre XI, pp 156-159, on lit des lignes qui en ont, semble-t-il, inspirés beaucoup par la suite : …Monsieur Rougier de la Bergerie…est à présent préfet du département de l’Yonne… Le dîner fut gai. L’aimable administrateur…nous fit servir de son vin de Migrenne, que je ne dois pas oublier dans ma relation. Ce canton faisait autrefois partie du domaine des évêques d’Auxerre. Irancy et la Chenette sont regardés comme les meilleurs cantons de l’Auxerrois : Migrenne leur est beaucoup supérieur ; et si M. de la Bergerie l’a vanté, s’il l’a chanté dans son poème (*), ce n’est pas parce qu’il en est propriétaire, c’est par esprit de justice. Ce vin est délicat, généreux ; il a un bouquet délicieux ; il est bienfaisant même pour les estomacs affoiblis et pour les convalescens, et il y a peu de vins de la haute Bourgogne qui doivent lui être préférés ; il a même la propriété, très rare pour les vins de cette espèce, de pouvoir être exporté. Les évêques d’Auxerre en envoyoient quelquefois en Angleterre et constamment en Italie. Du reste, la réputation des vins d’Auxerre est très-ancienne. Héric, qui vivoit au IXe siècle, en a fait l’éloge (**) (*) Laissez les charlatans prétendre avec de l’eau, Un acide sucré, l’hièble ou le sureau, Ou sur le gras terrain de fertile Surenne, Faire un vin qui surpasse ou le Vosne ou le Migrenne. Extrait des Géorgique françaises. Paris 1804, Chant XI, tome II, page 222. (**) Voir L’éloge des vins d’Auxerre, par l’abbé Lebeuf, Mercure de France, novembre 1723, page 871. En 1825, John Scott Taylor écrivait dans le London Magazine, chez Hunter and Clark, Tavistock Street, Covent Garden, Volume 3, septembre-décembre, page 79 : In Auxerre, the best vineyards lie on the Grande Côte d’Auxerre, and la Chaînette and Migrenne are the most celebrated. En 1829, dans son numéro 606, page 546, la London Literary Gazette & Journal of the Belles Lettres, Arts, Sciences &c. publie un classement des vins de Bourgogne où figurent La Chaînette et Migrenne. En 1832, Conrad Malte-Brun publie à Paris (édition posthume, reprise par Huot) chez Aimé André, Libraire-éditeur, Quai Malaquais, N° 13, son monumental Précis de la Géographie Universelle. Dans le tome III, livre 52, page 264, on trouve une liste, qui se veut exhaustive, des crus français classés par départements et étagés en sept catégories : Première, Deuxième, Troisième, Quatrième classe, Vins ordinaires, Vins de médiocre qualité, Vins de basse qualité. Si, par exemple, la première classe accueille la Romanée-Conti ou le Puligny-Montrachet, la seconde, pour l’Yonne, mentionne Migrenne, aux côtés, entre autres, d’Irancy et de Coulanges-la-Vineuse. Pas mal, non ? Cette liste reprend un classement antérieur signé Julien. Pour l’Yonne, La Chaînette n’y figure pas. Seul Auxerre y est mentionné, mais en Première Classe ! En 1854 à Paris, chez Bêchet Jeune, libraire/éditeur, 22, Rue Monsieur-le-Prince, Alphonse Chevallier, Pharmacien chimiste, publie un Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires, médicamenteuses et commerciales, avec l’indication des moyens de les reconnaître. On y trouve, page 547, mention des vins de Pitoy, des Préaux, de la Chaînette et de Migrenne, dans le département de l’Yonne. En 1858/59 dans The Irish Quarterly Review, XXXII, Janvier 1859, Volume 8, pages 1103-1142 est cité quasiment in extenso, semble-t-il, un traité du bien nommé Docteur William Kitchiner intitulé The Cooks Oracle, Containing Receipts for Plain Cookery… publié à Édimbourg, chez Cardell, en 1843. C’est une apologie du bon usage de la cuisine et des vins de France agrémentée d’anecdotes, étymologies plaisantes et autres citations littéraires, à l’usage des familles chrétiennes. La revue le reprend sous le titre Eating and Feeding, Living and Existing (toute une philosophie !) On y trouve, page 1114, le classement de Migrenne parmi les 14 meilleurs climats de Bourgogne, en compagnie, excusez du peu, de la Romanée, de Pom(m)ard et du Chambertin… Ce classement s’inspire fort de deux listes établies précédemment dans des revues françaises : en 1829, le tome LVIII, page 195, du Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite… publié sous la direction de Frédéric Cuvier, de l’Académie des Sciences, l’inclut dans les 14 meilleurs …vins rouges de Bourgogne, qui se distinguent par l’éclat de leur couleur et la douceur de leur parfum... On trouve quasiment le même relevé en 1851, dans le Journal de chimie minérale, de pharmacie, de toxicologie… tome VII, 3, page 494. Un certain M. Saint-Germain, rédige en 1833-34 un manuel intitulé MAÎTRE PIERRE OU LE SAVANT DE VILLAGE - ENTRETIENS SUR LA GÉOGRAPHIE DE LA FRANCE, N°123 dans la Bibliothèque d’Instruction Populaire, où il consacre la moitié de son texte sur Auxerre à ce fameux cru : Je ne puis vous conduire à Auxerre sans vous arrêter sur le coteau de Migrenne, qui contient environ vingt hectares et dont les vins, si recommandés aux estomacs faibles, sont peut-être les plus fins de la Bourgogne. En 1862, Madame Amable Voïart Tastu publie chez Mame, à Tours une édition revue et augmentée de son Voyage en France. On y lit, page 14 : Te rappelles-tu, Henriette, un certain vin de Bourgogne que notre ami le docteur t’ordonna lorsque tu entras en convalescence à la suite de cette maladie qui nous avait si fort alarmés ? Ce vin, l’un des plus fins de ceux que possèdent la Haute Bourgogne, et que l’on ne saurait trop recommander aux estomacs délicats, se récolte sur le coteau de Migrenne. Ce coteau comprend environ vingt hectares. De ce point de la route nous jouissons du beau coup d’œil que présente la ville d’Auxerre déployée devant nous…. » On a nettement l’impression qu’elle plagie Saint-Germain. Elle continue, page 16 : « La culture de la vigne aux environs d’Auxerre date de fort loin. On lit dans les auteurs latins que vers l’an 12 de l’ère chrétienne, une disette détermina Donatien, prêteur romain, à convertir en blé la moitié des vignobles d’Autissiodurum… Alexandre Dumas le mentionne dans son Grand Dictionnaire de la Cuisine. Tout ceci n’a pu être établi que grâce à Google Books qui a mis en ligne les fonds cachés des universités américaines où dormaient la plupart de ces ouvrages. ***
Pour terminer, nous citerons l’existence sur les marchés en ligne d’Allemagne, Autriche, Hollande, Flandre et Europe de l’Est en général, d’un vin disponible sous l’étiquette CHÂTEAU MIGRAINE Grand Vin Misérable Domaine Scharlatan Appellation Souterraine Contrôlée Dernier cru. On se renseigne sur ce canular : si le produit existe, qu’y a-t-il dans le flacon ? Et comme la loi nous y oblige dès que l’on parle de vin, invitons le consommateur à se modérer pour éviter l’effet « Château Migraine » bien connu des amateurs de vin soufré. Le Figaro Magazine du 5 juillet 2007 y fait référence à propos de l’amélioration relativement récente, et ô combien nécessaire, des rosés de Provence. Le Monde Magazine, du 25 septembre 2010, remet le couvert dans un article à propos du renouveau de la viticulture au Maroc. Le Clos de Migrenne/Migraine, lui, était un pinot noir et du meilleur, nous dit-on. De Profundis. Son alter ego, le Clos de la Chaînette, existe toujours et soigne son image. Il est situé de l’autre côté de la rue des Migraines, face à la gare routière du même nom (variantes orthographiques incluses). Ce vignoble urbain est maintenant classé au patrimoine local. Il occupe 5,6 hectares, dont une partie est classée AOC Bourgogne …inclus dans le domaine de l’Abbaye de Saint-Germain. Il constitue le dernier témoin d’un ancien vignoble qui s’étendait au nord d’Auxerre. …dénommé ‘La Grande Côte’… Propriété du Centre Hospitalier Spécialisé en Psychiatrie de l’Yonne, il produit du rouge, ou du rosé (selon les sources) et du blanc. Seuls les membres du club ont droit chaque année à leur part de production. Nous avons pu nous en procurer en en déguster une bouteille. Il est bon. ![]() *** Revenons à Auxerre. Un de mes anciens élèves enseigne maintenant à Auxerre. Lui rendant visite, j'en ai profité pour lui demander d'effectuer quelques recherches, étant donné l'apparition sur Google d'appels à manifestation dont le point de rassemblement est la 'Gare Migrenne'. ll s'agit d'une ancienne gare routière, plus ou moins désaffectée et copieusement taguée, qui s’ouvre sur un côté de la Rue des Migraines/Migrennes et donne sur le parking du même nom. À proximité immédiate des vieilles vignes et témoignage de la titubation orthographique décrite ci-dessous. L'intérêt ici, c'est la transformation de Migraine en Migrenne. Si, dans les siècles reculés, l'orthographe n'existait pas et fluctuait au gré des vents, celle-ci a imposé ses lois pour culminer au 19ème siècle, avec le règne de l'école et des grammaires, maintenant battues en brèche. Cette déformation tout à fait contemporaine illustre le retour en force des choses si l'on doit en croire les graphies trouvées dans les blogs nullissimes qui fleurissent sur le net et que Google répertorie consciencieusement. Tous ces débiles 'se tapent' toujours 'une migrenne atroce'… Même déformation dans une recette de cuisine canadienne… Même graphie dans des sites apparemment rédigés en hongrois et en néerlandais, médicaux ou non… Des sites turcs nous donnent sur Youtube des images de soins appliqués à des patients souffrant de migren. Un goupe de rap, turc lui aussi, s’est produit lors de l’Eastern Mediterranean Festival de 2008, dans la partie nord de Chypre : voir MC Junior & Migren-Nightmare. Site en flamand sur Google : 'migrenne' y est répertorié. Vérification faite, il s'agit de la relation du voyage d'une famille partie le 20 juillet 2002 pour Sienne, en Italie. Là-bas, la maman a souffert de 'migrenne'. Met de trugveg naar de camping kreek mama een sort migrenne aanval. La graphie migrenne dans ce sens, si courante aujourd’hui, comme vu plus haut, n’est pas d’aujourd’hui. On la trouve dans un pamphlet anonyme de 1616, attaquant Concini, Maréchal d’Ancre, conseiller du jeune Louis XIII : … Il promet de quitter la ville Et de se rendre pellerin, S’en allant faire une neufvesne Afin de guérir sa migrenne Au bonhomme Sainct Mathurin*… *Patron des fous On retiendra de tout ceci l’interchangeabilité des prononciations et des graphies (‘e’ bref, ouvert pour Migrenne, ‘ai’ long, plutôt fermé, pour Migraine). Un courrier de Jacques Dupont, du Cercle Généalogique Nivernais-Morvan, daté lui aussi de 1981, a donné un autre cours à la recherche, menant à une étymologie (voir ci-dessous) plus plaisante et tout aussi plausible que celle proposée par Jean Germain. Les diverses autorités consultées ne font aucune référence à celle suggérée par M. Richard qui, pourtant, avait l'avantage de coller au terrain. * * *
Venons-en à La Curne de Sainte Palaye (originaire d'Auxerre) dans son Dictionnaire historique de l’ancien langage françois, composé en 1756, ainsi qu’à Frédéric Godefroy, son successeur, dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française. Ouvrages édités ou réédités vers la fin du 19e siècle. M. Dupont m’avait orienté vers la grenade (pomme à mille graines, malus granata/mille grana en latin). La Curne donne 2 entrées, et Godefroy 4 pour migraine. La Curne (antérieur) ignore la graphie migrenne. Suivons Godefroy, observons les graphies et résumons : 1 Migraigne, migraine, migraingne : adj. ‘qui occupe la moitié du crâne (hemicranium)’ : fièvre, goutte migraine ; en anglais megrim/migraine. 2 Migraine, graingne, substantif féminin : dépit ; (cf allemand greinen pleurnicher, provencal renaïre, le grognon) donc histoire de grogne/groigne/grincheux. (Voir plus haut l'hypothèse Germain.) 3 Migraine (masculin ou féminin) grainne grayne grenne, mygraine : nom de l’étoffe écarlate pour laquelle la décoction de cochenille était moins forte que pour la ‘graine’ (graine = aspect de la cochenille, cf grec ‘kokkinakis’ : petit rouge). Voir les maillots blau grana du célèbre Barca. Voir la Bible : le vêtement d‘apparat du grand-prêtre Aaron, l’éphod, ainsi que la ceinture, comportaient des étoffes teintes en graine (cramoisi). (Ex.28). On était vêtu de graine ou de migraine/grenne chez Rabelais et, outre-Manche, du temps de Shakespeare. Graine n’était pas seulement rouge, mais s’entendait de toute couleur, y compris le blanc et le noir. Attesté, voir Littré, (gonfanons en graine) dès le 12ème siècle. Un vêtement de migrenne était une sorte de demi-teinte. Nous lisons dans Art et société en France au 15ème siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 1999, une communication de Sophie Desrosiers sur les tissus qui dit : Interdites dans de nombreux centres, les « migrennes » ou « migraines » sont bien moins chères que les « écarlates » qu’elles tentent d’imiter, car elles sont teintées moitié avec de la « graine », moitié avec de la garance. On en fabriquait notamment à Rouen et à Montivilliers (Basse Seine). Migrenne pourrait être le surnom de celui qui portait, vendait, préparait de telles étoffes. Jacques Cœur, (Bourges… le Cher, souche Migraine) grand argentier de France, dont les biens furent confisqués par Charles VII en 1451, possédait alors (inventaire dressé pour l’occasion) une pièce de migrenne violee. Pierre Clément publie à Paris, chez Guillaumin, en 1853, un Jacques Cœur et Charles V// : ou, La France au 15ème siècle, étude historique précédée d’une notice sur la valeur relative aux anciennes monnaies françaises et suivie de pièces justificatives et documents la plupart inédits. On trouve, pp. 214/215 un inventaire daté du VIIe jour d’aoust et autres jours en suivans : Je fis priser les draps de layne, pelleterie et autres choses estans en l’hostel du dit Briconnet à Tours …— Migrennes de Rouen, vermeilles et violées. — Une pièce tenant ung quartier et demy … Ceci suivi de Gris de Dinan et de Noirs de Bourges…. 4 (parente de la précédente) grenade, fruit aux mille graines, et grenade engin de guerre (Rabelais), l’arbre étant le migr/e/a/nier, muguernier, mygre. (Serait-ce l’étymologie des Migran, répertoriés dès le 16ème siècle à Marseille ?) On note aussi (retour à Jean Germain) lié peut-être à 2, gren/grenon, poil, moustache, respectivement en langues d’oc et d’oil (être de mauvais poil). Lié à 4, dans la région mancelle, un migrognier/migrenier : la baie de l’églantier, le cynorhodon ou, plus communément, 'gratte-cul'. (Serait-ce l’origine du nom de la souche Migraine du Perche ?) Lié peut être aussi, en Méditerranée, un crabe migraine. Les Anglais, eux, ont donné le nom megrim à un poisson du genre sole (Arnoglossus laterna) …pour sa gueule de travers ? Attesté 1836/1901. La consultation de l'Oxford English Dictionary, qui recense tous les emplois et toutes les formes du mot, nous apprend que pour le mal de crâne il y a 33 graphies différentes, dont mygreyn, mygreyme, etc., et que pour soigner la migraine (ou le vertige, également ‘caprice’ ou ‘dépression’) orthographiée dorénavant megrim, ou, tout simplement migraine, on pouvait utiliser une décoction d'écorce séchée de grenadier. Soigner le mal par le mot ? Homéopathie étymologique ? Attesté 1713. Pour la teinture, il n'y a pas moins de 85 entrées, échelonnées de 1335 à 1886. Mais outre-Manche on ne semble pas avoir de mot pour la 'demi teinte', donc pas de 'migrenne'. Si les Migrenne/Migraine, en France ont un préfixe, ils ne sont donc probablement pas ‘à MILLE graines’, mais À DEMI. Il n’y a pas de grenades entre Seine, Huisne, Cher, Yonne et Aisne. Nous sommes de langue d’oïl et non de langue d'oc. Qui (et quand) est arrivé dans l’Aisne, porteur de ce nom ? Il est peu probable que l’on en sache jamais plus, vu la roture et le manque de fortune de ses porteurs. NB : Julia Migenes, n’est pas de la famille. Son nom est une corruption du gaélique MacInnes. Lors de mes séjours en Grande-Bretagne et aux États-Unis, des confusions ont eu lieu entre Migrenne et McGreene, notamment sur des documents d’assurance ou de location automobile. Deux films font référence à Migrenne (un documentaire vidéo sur le Familistère de Guise, dont on reparlera du côté de chez Alfred), ou Migraine (nom/surnom ? d’un comparse) dans Entre onze heures et minuit de Henri Decoin (1948) tiré d’un roman de Claude Luxel, Le sosie de la morgue, introuvable à ce jour. Migraine est un roman de Louise de Vilmorin, publié en 1959 chez Gallimard. Psychologie et mise en scène de la jalousie : l'auteur nous met en présence d'une actrice qui porte ce nom et joue le rôle principal d'une sorte de comédie musicale, elle-même intitulée Migraine. Dans les années 80, une chanson enregistrée, intitulée ‘Sale Migraine’ et qui a fait long feu, m’a été resservie lors d’un banquet de prépa véto par un élève aussi éméché que sympathique. De 1983 à 1989, un fanzine rennais spécialisé, entre autres, dans le rock, a publié une douzaine de numéros. Son titre : Migrennes. Retrouvé et contacté, son responsable m’a bien volontiers indiqué qu’à la base ‘Rennes’ il avait préfixé la prise de tête… En surfant sur les moteurs de recherche, j’ai déniché un site polonais où figuraient quelques tentatives littéraires. Dans ce que l’on pourrait appeler une pièce de poche se passant au Mexique, un personnage féminin se nommait ‘La Migrenna’. Contacté, l’auteur finit par m’avouer que c’était un pur hasard, dû au fait que sa petite amie, modèle du personnage, se prenait trop souvent la tête… Mais pourquoi ENN et pas AIN ? Pas de raison. Paris-Turf du 04-12-2004 titrait : Le retour de Migraine au monté. La jument y est donnée 20 fois favorite sur 21 pronostiqueurs. Montée par Nathalie Henry, entraînée par Pierre-Désiré Allaire. Etc... Nous ferons abstraction de toutes les autres références à la migraine dans l’art plastique, la musique ou autres activités publiques. Elles sont légion dans le monde entier et n’entrent pas dans le cadre de cette recherche. Côté Migran, si l'on en croit les références Internet, ce mot, répandu de l’indonésien au scandinave, réfère à la maladie. Mais il existe en tant que patronyme polonais (une tombe militaire en France) et nom/prénom arménien. Ce dernier détail est loin d’être anecdotique (voir plus bas). Migrand est, curieusement (malgré le d final), associé à des patronymes U.S. et des sites sur les oiseaux migrateurs. Selon les registres d'état civil, les patronymes Migran/d, maintenant majoritairement fixés entre Charente et Garonne, sont, en majorité, originaires des Bouches-du-Rhône. S’ils sont nos pendants de langue d'oc ils sont peut-être, eux, à MILLE GRAINES. Voir plus haut, rubrique 'grenade'… Mais aussi plus bas, côté Mithra. Il existe par ailleurs deux villages : Migré (aucune trace de Mithra dans ce village) et Migron, en Charente-Maritime, leur fief actuel. * * *
Rêvons un peu : Uther Pendragon, roi de Grande-Bretagne, conçut son fils Arthur grâce à une ruse de Merlin l'enchanteur. Uther put prendre l'aspect de Gorlois, duc de Cornouailles, et coucher avec son épouse, la belle Igraine. Ainsi naquit le Roi Arthur, un peu comme Hercule, qu'Alcmène conçut de Zeus qui s'était substitué à Amphitryon, l'époux légitime. Dans ces cas là, aussi, il y a souvent naissance de jumeaux. Aurions-nous eu de la famille autour de la Table Ronde ou sur l'Olympe ? Il n'est pas de dieu ou de héros qui ne soit un peu bâtard de naissance, si l'on regarde bien les textes anciens de toute origine et obédience. À nous la cuisse (gauche) de Jupiter ! Ou pourquoi pas le sang du taureau que sacrifie Mithra… En effet : à la rubrique Migraine du Dictionnaire Topographique de la France comprenant les Noms de Lieu Anciens et Modernes (1862) rédigé sous les auspices de la société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne par Max. Quantin, (Merci à Anthony Cabart pour ce travail) on lit Migraine : le seul climat d'Auxerre qui peut s'enorgueillir de revendiquer une origine antique ; ces parcelles de terre se recommandent d'une divinité (Mithra), dieu de la lumière s'identifiant avec le soleil, dont le culte, originaire de Ninive et de Chaldée, introduit à Rome à la fin de la République par les soldats de Pompée fut très florissant sous Trajan et Aurélien…. Le culte de Mithra se répandit en Gaule jusque dans l'Auxerrois. À Auxerre notamment, il y avait un bocage de Mithra où on a planté des vignes depuis, qui au moins dès le 7ème siècle s'appelait Vineae Midarnicae.’ Ces vignes sont ainsi désignées dans le testament de Saint Vigile, Évêque d'Auxerre, vers 680. Dans un état de revenus de l'Évêché d'Auxerre, le mot devient par la suite Migrana. En 1485 ce mot à consonance latine devient Migraine. Nous voici avec un toponyme, mais sans individu. Et avec un préfixe qui n'en est pas un, cette fois-ci. Cette étymologie bat tous les records d'ancienneté. Y avait-il un culte à Mithra chez les Migraine du Cher ? et dans l'Aisne (traces d’aqueduc romain à Orgeval et creuttes) ? Cela serait plaisant à voir. Tout près d’Auxerre, le cadastre répertorie des lieux-dits ou de la voirie sous le nom de Migrenne : à Chassy, Épineuil, Gy l’Évêque et Villevallier. À Gy l’Évêque il y a bel et bien présence sur le terrain. Mon fidèle limier auxerrois m’a transcrit fac simile du cadastre et photographies, prises au péril de sa vie ou de son fond de pantalon vu la présence de molosses et d’autochtones irascibles… qui ont fini par se calmer. Toujours la même controverse, sur le terrain, entre ENNE et AIN. Il y a des hauteurs et des grottes. Autre lieu-dit, dans la Nièvre, canton de Brinon-sur-Beuvron, commune de Vitry-Laché : un bois de(s) Migraine(s). Abondance de toponymes, mais aucune souche familiale, à moins qu’une migration ait eu lieu vers le Cher, pas si distant que cela, après tout. Confirmation nous est venue après consultation du Professeur R. Dermerguérian de l’Université de Lyon. MIGRAN, en arménien, c’est l’évolution de Mithra ! Si l’on sait que le culte de ce dieu était si important et si répandu qu’il aurait pu supplanter le christianisme (voir Ernest Renan) qu’il se pratiquait du temps des gallo-romains dans une grotte ou un lieu souterrain, il n’y a qu’à rechercher si les souches MIGRAINE/ENNE/AN/AND se trouvent originaires de tels lieux. Eh bien oui, sauf, dans l’état actuel de la recherche, pour celle du Perche. Des Migrenne/Migraine, chevaliers de la Table Ronde, buvant au dieu Mithra dans un Graal rempli de vin d'Auxerre (Avallon n'est pas si loin) ? On ne peut faire plus noble et plus plaisant. Imaginons-leur un blason, tiercé en bande : coupes de pourpre, pampre de sinople, taureau d'argent, le tout sur champ d'azur… Suivons Panurge et, ayant revêtu nos chausses de migrenne, allons consulter l'Oracle de la Dive Bouteille. Nous aurons notre devise : TRINCH. C’est mieux qu’un cachet d’aspirine, n’est-ce pas ? Et cela résout le problème du préfixe, ni ’à demi’ ni ‘mille, mais préfixe zéro. Radical issu de Mithra. Séduisant, certes. Probable, c’est une autre paire de manches. Migrenne : Nom de dieu ? III
QU’EST-CE QU’UN NOM ?
La plupart du temps une affaire de lieu d’origine, de métier ou de surnom. Lieu = Mithra, ou Migré/Migron. Métier = Migrenne/Migraine (teinture). Surnom = le dépité, le râleur. Cela peut devenir un personnage littéraire : En 2003, mon ami le poète August Kleinzahler, de San Francisco, faisait paraître chez Farrar, Strauss and Giroux, aux USA, puis en 2004, chez faber and faber, au Royaume Uni, un volume intitulé The Strange Hours Travelers Keep. Dans ‘A History of Western Music, IV’, il met en scène le personnage historique du père jésuite Bernard Castel, inventeur du clavecin pour les yeux. Il l’affuble d’un critique : a certain Migrenne... known to be a Freemason, a friend of Mozart… Renseignements pris auprès de l’auteur, il s’agit tout bonnement d’un clin d’œil… Toute personne née Migrenne, ou devenue Migrenne par mariage, adoption, reconnaissance, ou autre, figurera donc dans la pyramide représentant notre recherche, à partir du couple originel détecté dans les archives. Ne figurera pas dans cette pyramide, la descendance, par exemple, d’une fille née Migrenne qui aura pris le nom de son mari. Lors de mes visites à toutes les personnes ainsi repérées dans les années 80, certaines se reconnaissaient toujours Migrenne, même après mariage. Le nom s’éteignait avec leur descendance. Certaines l’ont regretté. D’autres personnes m’ont fait remarquer qu’il ne suffisait pas de s’appeler Migrenne pour être le fils de son père. Tant pis pour les empreintes génétiques. Nous traitons de l’état civil et non de la loi du sang. En particulier, un autre m’a signalé qu’étant ‘fils de fille’ reconnu après mariage, il n’était pas vraiment Migrenne. Ce n’est pas le problème. Le nom est porté, transmis aux enfants. C’est ce qui compte. Nous n’entrerons pas dans ces détails. J’ai toujours été très bien accueilli dans tous les foyers que j’ai visités. Que tous ces lointains cousins en soient remerciés. C’est qu’il y a quelque chose derrière un patronyme, surtout celui d’une famille très restreinte en nombre et géographiquement concentrée, malgré la diaspora actuelle. Il n'y a guère plus deux cents personnes, actuellement vivantes, qui le portent. Il ne peut plus, aujourd’hui, être confondu avec Migraine même si l’origine étymologique est commune. Certaines branches ont été plus ou moins précoces que d’autres dans leur reproduction, surtout quand les familles étaient nombreuses, si bien qu’on en arrive à une génération de décalage dans certains cas. C’est la référence aux origines géographiques qui reste le point commun, même entre parfaits inconnus, porteurs du même nom. Notre nom, comme tous les autres aujourd’hui, est éminemment public, présent sur des annuaires, répertoires, listes, moteurs de recherche, dans des écoles, des universités, des entreprises ; sur des monuments aux morts. Il signe des créations, des pétitions, publie ou paraît dans des journaux, des revues, des annales. Deux rues portent le nom d’Alfred Migrenne (Guise et Bruyères-et-Montbérault). Au Familistère de Guise, le musée, malheureusement détruit dans un incendie a porté celui de son fils, Marcel Migrenne. Le but de ces pages, qui respecteront scrupuleusement la vie privée des personnes, est de montrer comment a fonctionné, vécu, survécu et s’est dispersé un microcosme représentatif d’une famille humble au départ, emportée par le courant d’émancipation sociale et économique du 19e siècle. Un nom c'est aussi une signature. Tous les Migrenne de la branche Parfondru ont signé ENNE dès qu'ils ont su faire autre chose qu'une croix attestée par le curé. Par contre, et on peut s'interroger sur le pourquoi de la chose, il a fallu attendre la fin de l'Empire (1813/1815) pour qu'à Braye-en-Laonnois le nom commence à s'écrire ENNE, soit du fait des officiers d'état civil, soit des porteurs eux-mêmes. Il faut aussi remarquer que si l’écriture proche du gothique est maladroite, il n’y a guère de différence perceptible sur un manuscrit entre aine et enne, surtout si l’on ne marque pas le point sur le ‘i’. En fait, à Braye, on recense une dizaine de graphies différentes. Contemporains de migRENNE, on trouve migRESNE et migRAINE, parfois sur le même acte. Mais on a lu aussi des migRAIENE, migRÈNE, migRAINNE. Et je dois en passer. Il semble qu'à Braye, au sud du Chemin des Dames, on devait prononcer le nom autrement qu'au nord, à Parfondru, Bruyères, Athies et Orgeval. Même chose pour ce qui concerne le prénom d'ancêtres communs : 'Pasquais' à Braye et Pâquet/Pasquet à Parfondru. Toujours E au nord, et AI au sud. Et pourtant entre ces lieux il n'y a pas plus d'une douzaine de kilomètres à vol d'oiseau. Mais une ou deux 'montagnes' à franchir. Trois heures de marche, qui ont très vite séparé les lignées, comme en témoignent les séries de prénoms. Pourquoi ceux de Braye sont-ils, sur le tard, repassés de migRAINE à migRENNE ? Mystère. Alfred Migrenne, qui dépouilla tous les registres du département vers les années 1930 ne les remarque pas, ou bien les ignore-t-il, tout comme il se désintéresse de ses ancêtres de Parfondru ? Début 2006, VOILA pages blanches sur Internet recense 60 départements sur 100 (y compris l'outremer) où le nom brille par son absence. Compte non tenu, bien sûr, des abonnés sur liste rouge. Dans les autres on trouve 49 Migrenne dans 17 départements, dont 21 rien que pour l'Aisne et le Nord ; 59 Migraine dans 28 départements, dont 8 en Seine-Maritime et 5 dans le Cher ; ainsi que 18 Migran et 11 Migrand, concentrés pour la plupart, entre Charente et Gironde. Toute évaluation du nombre des porteurs du nom en France, qui émanerait d’autres sources que celles de l’INSEE, des annuaires téléphoniques, ou de mes propres recherches, est sans valeur scientifique, car grossièrement erronée. On en trouve sur quelques sites faisant dans les retrouvailles. Méfiez-vous des contrefaçons. |
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